Critique d' « Arts et avatars » au théâtre de la Liberté

Théatre / Danse  /   /  de Jacques Lucchesi

Apparu au début des années 90, l’art numérique s’est depuis imposé comme l’un des principaux champs de recherche de l’art contemporain. Ne reflète-t’il pas – tout en jouant avec ses codes – cette mutation technologique qui affecte à peu près tous les secteurs de notre société ? En organisant, sous l’intitulé « Arts et avatars » une semaine consacrée aux arts numériques (11-15 février), le théâtre de la Liberté entendait questionner cette nouvelle génération d’images. Au programme de cette heureuse initiative, des spectacles, des ateliers et des conférences mais surtout deux installations qui exploraient, chacune à leur façon, les possibilités esthétiques de ces nouveaux outils. Mais est-ce que le résultat donné à voir était à la hauteur des moyens, conceptuels et technologiques, engagés ? Rien n’est moins certain. Avec « Aléa jardin », rectangle opaque et vertical équipé de capteurs,  Lucile Haute et Benoît Verjat proposaient aux visiteurs une sorte de jeu de miroirs dans lequel leur image gesticulante, morcelée et colorisée de manière à induire l’idée du végétal, était la matière même d’une œuvre aussi éphémère que changeante. Une illustration probante – mais dérisoire – de l’interactivité œuvre-spectateur si chère à l’art contemporain. Avec « Random » de Tomek Jarolim, le parti-pris ludique s’estompait au profit d’une problématique plus ambitieuse : stimuler, réveiller le regard assoupi par un environnement saturé en images de tout ordre. Concrètement, elle prenait la forme d’un dispositif de projection occupant une salle entière. Plongé dans la pénombre, bombardé de tous côtés par un flux de sons et de figures algorithmiques, le spectateur lambda pouvait-il contempler quoi que ce soit, éprouver une émotion pourtant invoquée par ce projet ? Hélas non. Mais l’ébranlement nerveux était garanti au bout d’une dizaine de minutes, signe – ou symptôme – d’une expérience artistique s’adressant davantage au corps qu’à l’esprit. Que ceci soit clair : ces deux approches peu convaincantes n’invalident en rien la pertinence de l’art numérique en notre époque. Que celui-ci puisse d’ailleurs engendrer des œuvres dignes de ce nom – des œuvres finalisées et non embryonnaires -, on pouvait s’en convaincre en découvrant ici même – mais en annexe – le projet CICADA, de Kuei-Yu-Ho et de Patrice Mugnier, suite de petits tableaux instables, images de mouches et de flux de tweets célébrant le lexique méridional. Ou encore « Hyper-focus », très belles photos d’insectes de Philippe Martin. Numériques, elles aussi.

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