Philippe Pujol. Le prix Albert Londres 2014 est marseillais

Talents d’ici  /   /  de Olivier Emran

Albert Londres, vous connaissez ? Ne cherchez pas, il n’est pas Marseillais. Il fut journaliste et grand reporter ; il est mort avant la seconde guerre mondiale. Il s’est intéressé aux bagnards, aux forçats de Guyane, aux fous, aux opprimés, aux exclus… et aux cyclistes ! Il nous a laissé un prix qui récompense les meilleurs journalistes francophones : le prix… Albert Londres. Et, cette année, c’est un journaliste Marseillais, spécialisé dans les « faits divers » au journal La Marseillaise qui l’a reçu : Philippe PUJOL, pour un récit à vous couper le souffle, un OVNI entre journalisme et littérature, un truc coupant, rude et précis en 10 épisodes sur les cités de Marseille et ses réalités : « Quartiers shit ». ToutMa a voulu en savoir plus sur ce journaliste indispensable… et futur grand auteur.

ToutMa : Ça vous fait quoi d’avoir reçu le prix Albert Londres ?

Philippe PUJOL : C’est fort ! Je suis constamment relancé par les médias qui veulent savoir qui je suis. Mais ça, c’est un peu le « syndrome du petit », comme un club de D2 qui gagnerait la coupe de France. On m’a même dit : « vous écrivez comme Céline ! ». J’ai répondu : « qui ? Ma cousine ? ».

TM : Quel est votre parcours ?

PJ : J’ai grandi à la Belle-de-Mai. Ma mère est Corse et mon père Marseillais. J’ai fait des études de biologie… et je deviens ingénieur en informatique à Paris. Ça me gonfle vite. J’arrête et je fais une formation en communication scientifique. Je rentre en stage à La Marseillaise et je commence à travailler sur le fait-divers, un peu sans l’avoir demandé, ce qui explique mon approche différente. Pendant huit ans, je fais du fait-divers à l’état pur. à partir de 2012, je bascule sur les cités. Je sors également des papiers sur l’exploitation de la misère par la misère et sur la « French Deconnection ». J’aime regarder le monde et le raconter. Pour cela, on peut être romancier, historien, sociologue ou bien journaliste. Initialement je voulais être ethnologue. Je fais du journalisme avec une approche très anthropologique des choses. Je ne cherche pas à être journaliste mais, par d’autres voies, j’ai fini par y arriver. Et puis, je suis un gros bavard qui raconte des histoires ! Ça, c’est mon côté Corse (rires) !

TM : Comment êtes-vous rentré dans ce monde des cités et des quartiers de Marseille ?

PJ : J’ai grandi à proximité des quartiers, j’ai toujours côtoyé les cités. Et je ne suis pas allé chercher l’info ou le scoop coûte que coûte. Quand je vais dans une cité, on discute de foot, de conneries, de cul. Donc ils me perçoivent comme un journaliste « normal », un mec comme eux. Pour rencontrer les voyous, j’ai une autre approche, mais elle est aussi très naturelle finalement.

TM : Comment avez-vous procédé pour réaliser ce magnifique feuilleton écrit en 10 épisodes « Quartiers shit » ?

PJ : C’est trois mois de terrain et deux à quatre heures d’écriture par épisode. Je voulais proposer une vision cohérente et globale de ce travail. Je ne me suis pas laissé dompter par l’actualité pour sortir très vite mes papiers. C’est une approche un peu différente du « fait-diversier » pur et dur.

TM : Ce que vous racontez dans « Marseille quartier shit » n’est pas à proprement parler très encourageant pour l’avenir. Qu’en pensez-vous ?

PJ : Je pense qu’il y a des solutions, mais elles sont tellement complexes que beaucoup des décideurs actuels n’ont pas de réponses évidentes à apporter. Marseille manque d’intellectuels et ceux qui proposent des choses se font mettre des bâtons dans les roues. Il y a, au sein des institutions, des techniciens qui ont des propositions très concrètes, mais ça ne suit pas. Bref, je pense qu’il existe des solutions. Mais il n’y a pas la volonté. Toutefois, les mecs des quartiers, ceux que je connais ou que j’ai pu rencontrer, sont généralement contents de savoir qu’un type comme moi a été primé en expliquant du mieux possible la complexité et la réalité dans leurs quartiers.

Pour lire « Marseille, Quartiers suit » et « French Deconnection » _philippepujol.blogspot.fr
Et bien entendu retrouvez-le dans les colonnes de La Marseillaise.

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