L’Aixois du Stade Français Originaire d’Aix-en-Provence, Pierre Rabadan a profité de la fameuse coupe du monde de football en 98 pour s’exiler à Paris mais pas pour le même...

Pierre Rabadan

 

L’Aixois du Stade Français

Originaire d’Aix-en-Provence, Pierre Rabadan a profité de la fameuse coupe du monde de football en 98 pour s’exiler à Paris mais pas pour le même ballon. Numéro 8 du Stade Français présidé par Max Guazzini, international avec Bernard Laporte, rencontre avec l’enfant du pays et de la balle aussi.

ToutMa : Enfant et adolescent tu es passionné de BMX (vélo). Est-ce ton gabarit (105 kg pour 1,92m) qui te fait finalement choisir le rugby ?
Pierre Rabadan : En fait, je me suis fait voler le vélo que mes parents avaient payé cher. Le rugby n’était alors pas aussi populaire mais ne nécessitait pas de moyens. Tous mes copains en faisaient, j’ai essayé et me suis rendu compte que j’étais davantage fait pour les sports collectifs.

TM : Quelle transformation as-tu réussi pour atteindre le haut niveau ?
PR : Il y a eu plusieurs transformations. J’étais en équipe Junior alors que mon club n’était qu’en 5ème division. Je n’étais pas dans le système de détection de la fédération mais mon entraîneur me poussait car il voyait mon potentiel. J’ai été surclassé et repéré. J’ai toujours joué pour m’amuser. Lorsque c’est devenu plus sérieux, j’avais, en plus de l’envie de gagner, la rage de vouloir m’imposer dans le monde du rugby.

TM : Tu es un « 3ème ligne » qui a deux rôles : le coureur, celui qui plaque tout le monde et le sauteur, celui que l’on porte en touche. Tu es un sauteur, c’est parce que tu as peur de la bagarre ?
PR : (rires) Ce n’est pas tout à fait ça. Le 3ème ligne est plutôt un relayeur sur le terrain. Je suis le joueur du Championnat de France qui a le plus de points de suture au visage. En maintenant 12 ans de carrière, j’en ai plus de 300, c’est vrai mais je les ai eu après des chocs, je n’ai jamais eu un point de suture après une bagarre sur le terrain. (Ok ! on ne te cherchera pas !)

TM : Et en refusant l’année dernière de serrer la main de ton Président, t’as pas eu l’impression de la franchir la ligne ?
PR : La scène a eu lieu après un match et se devait d’être discrète mais toute la presse l’a reprise. Des joueurs étaient en fin de carrière et nous avions passé de longues et belles années ensemble. La manière qu’à eu le Président de se séparer d’eux m’a déçu. Lorsqu’à la fin d’un match il s’est avancé pour serrer les mains comme à son habitude, je l’ai évité.

TM : Lorsque l’on reçoit le brassard de capitaine, c’est une fierté ! Qu’est ce que ça change dans le vestiaire ?
PR : Bien sûr que c’est une fierté d’être capitaine d’une aussi belle équipe… Dans le vestiaire, il faut s’occuper beaucoup plus des autres, de l’équipe et surtout, de l’arbitre… Le capitanat est en général donné à quelqu’un qui a le caractère pour motiver les autres, pour les fédérer à atteindre le même objectif.

TM : Et lorsque l’on te l’enlève, on réagit comment ?
PR : En fait, il y a plusieurs personnes qui sont susceptibles de l’être. Selon le match, il y a une hiérarchie non officielle. Souvent on alterne. Mais je n’attends pas le brassard de capitaine pour encourager mes partenaires. Je n’ai jamais vécu son retrait comme une sanction.

TM : L’année sportive est difficile, pour quelles raisons ?
PR : Nous avons beaucoup gagné mais pas assez identifié les raisons de ces victoires et nos points forts. Nous n’avons pas eu le recul de continuer à travailler alors que nous avions de l’avance sur les autres équipes, aussi bien humainement que dans notre manière de fonctionner. Certains joueurs ont certainement été mal remplacés et ont déçu Max Guazzini. Ce qui est frustrant c’est que l’on connaissait ces problèmes et que nous n’avons pas su mener de projet sur le long terme.

TM : Et Max Guazzini justement, qui a rendu ce sport si populaire, si pro et si festif, n’a-t-il pas peur de se faire voler la vedette par Mourad Boudjellal (président du RCT)?
PR : Non pas du tout. Il est très sympathique. Comme il nous a souvent dit avec sincérité : « la star du Club, c’est le Club » ! Max aura certainement plus peur de Jacky Lorenzetti président du Racing métro 92 ! Concernant Boudjellal, il fait plus rebelle dans son genre !

TM : Tu n’as jamais été transféré… Comptes-tu faire toute ta carrière au Stade Français ?
PR : J’y aurais fait en tout cas une grande partie. J’ai encore deux ans de contrat, je terminerai donc surement au Stade Français. Physiquement, les jeunes derrières sont bons et veulent la place. Je veux arrêter avant de ne plus y arriver. J’ai plein d’idées pour ma reconversion, j’organise des séminaires, j’y apprends plein de choses sur la gestion des entreprises.

TM : Poser nu dans le calendrier des Dieux du Stade c’est pour faire fantasmer qui ? Ta sublime compagne (Caterina Murino) ?
PR : Je n’ai voulu faire fantasmer personne. J’ai fait le tout premier calendrier. C’était marrant de casser l’image du rugbyman surtout pour un but caritatif (20% sont redistribués chaque année à une association différente). J’ai fait ma dernière apparition en 2009 avec Peter Lindbergh qui est l’un des plus grands photographes au monde.

TM : Quel styliste choisirais-tu pour te rhabiller ?
PR : Eden Park et pas que pour le côté rugby. Les vêtements sont confortables et vraiment dans l’air du temps.

TM : Tu aimes jouer au poker et tu as dit que c’était un sport injuste, tu dirais quoi sur le rugby ?
PR : Le rugby est moins injuste et colle plus à la réalité. C’est un sport qui ne dépend pas que de moi et au rugby, on ne peut pas tricher.

TM : Tu es né à Aix-en-Provence, tu n’as pas l’impression en jouant à Paris de trahir ta région ?
PR : Pas du tout ! Et Toulon ne m’a jamais appelé. Je garde quand même ma culture régionale. C’est la première chose que je dis lorsque je parle de moi et je suis resté très proche du Pays d’Aix Rugby. Avec le Stade Français, ce sont mes deux clubs de cœur.

TM : Lorsque tu redescends voir ta maman, toujours Aixoise, quelles sont tes habitudes, tes endroits préférés ?
PR : D’abord Chez Mus, place de la Mairie à Aix, où l’on parle des heures de rugby. J’aime aussi le Verdun, le Relais Cézanne, mais j’aime par-dessus tout aller voir mes amis chez eux en toute intimité.