Cédric Jimenez, réalisateur de LA FRENCH

Célébrités  /   /  de Céline Bouchard

La French est LE FILM de l’hiver… Un an qu’on en parle ! Évidemment, la présence de Jean Dujardin fait l’unanimité. On est sous le charme irrésistible de l’acteur, devenu star planétaire. Mais l’envie de mettre en lumière le jeune réalisateur plutôt doué et de surcroît Marseillais a été la plus forte. Rencontre avec un homme qui connaît bien sa ville et lui offre un magnifique polar historique !


ToutMa : Une enfance à Marseille puis quelques années à New York pendant votre jeunesse. Presque une évidence d’écrire sur la French Connection ! Laquelle de ces deux villes vous a donné le plus envie de faire du cinéma ? L’idée de ce sujet vous est-elle venue à l’issue de la période new-yorkaise ?

Cédric Jimenez : La ville qui m’a donné le plus envie de faire du cinéma est Marseille. Et cette histoire m’obsède depuis longtemps, depuis mes 19 ans, avant mon départ à New York. Mais je ne savais pas alors que j’allais faire du cinéma. Je n’avais jamais fait la relation entre les deux villes d’ailleurs… C’est une histoire purement marseillaise. Pour moi, New York est anecdotique.

 

TM : Vous êtes-vous beaucoup documenté pour écrire ce scénario ? Avez-vous rencontré des témoins de cette épopée ?

CJ : Oui, c’est une histoire vraie donc c’est la moindre des choses par respect des familles, des individus, des victimes que l’on traite dans le film. J’ai rencontré beaucoup de gens à Marseille qui ont connu cette époque. Du côté du juge Michel, j’ai rencontré des personnes qui l’ont cotoyé de près ou de loin, des avocats, des magistrats, des policiers. Ceux qui m’intéressaient était ceux qui pouvaient me parler du juge mais aussi de l’homme. Et du côté de Zampa, je connais bien sa famille, Céline et Stéphane, ses enfants, et aussi Christiane, son épouse. J’ai beaucoup parlé avec eux. Avec d’autres aussi, Zampa avait une vie familiale intense mais une vie extérieure également ! J’ai abordé ce scénario avec beaucoup de tact, d’humilité et de respect. Si vis-à-vis des faits juridiques, la notion de prescription peut exister, il n’y a jamais de prescription sur les sentiments.

 

TM :  Vous dites avoir très tôt imaginé le casting pour les deux rôles phares. Pour faire face à ces deux stars -parfaites chacune dans leur personnage- avez-vous sciemment choisi des acteurs marseillais pour les seconds rôles ? Si oui dans quel but ?

CJ : Bien sûr, c’est moi qui ai choisi des acteurs marseillais. C’était très important que Marseille se ressente dans le film, que la ville, l’accent, la chaleur, le rythme de la parole, que tout soit très réaliste. Je suis Marseillais donc forcément je ne pouvais pas imaginer cette histoire sans tous ces acteurs : Moussa Maaskri est un copain, j’ai écrit le personnage de Da Costa pour Cyril Lecomte et j’avais dès le départ pensé à Georges Néri et Gérard Meylan. J’avais la volonté farouche d’avoir tous ces Marseillais alignés à l’image. En tant que Marseillais, lorsque j’entends une caricature marseillaise, ça m’agace, ça m’énerve ! Un accent mal fait terrorise mon oreille donc c’est sûr, je voulais apporter le plus d’authenticité possible au film.

 

TM : En tant que Marseillais, vous devez aussi percevoir cette relation spéciale qui existe entre notre population et les voyous ? Comment la décririez-vous ?

CJ : Marseille est une ville qui a une identité très forte et qui revendique volontiers sa « marseillitude ». Le banditisme a toujours été très présent. Tout ce qui appartient à Marseille est pour un Marseillais très important et doit se respecter. Il y a dans la « voyoucratie » de l’époque un côté méditerranéen séduisant, avec ce code de l’honneur très viril, patriarcal. Mais ce n’est quand même pas le cas de tous les Marseillais et le juge Michel a été un homme ultra respecté et aimé. Il représentait des valeurs exceptionnelles telles que l’intégrité, le courage, la droiture… des valeurs qui plaisent également.

 

TM : Vous abordez d’ailleurs courageusement la question en montrant le lien existant entre Gaston Deferre et les voyous, puis entre les flics (notamment corses) et les voyous. Pensez-vous que ce soit toujours d’actualité, que ce mode de fonctionnement perdure, malgré l’assassinat du juge Michel ?

CJ : Je ne sais pas du tout. À l’époque de Gaston Deferre, le banditisme avait une influence très forte sur tous les établissements de nuit. Ce n’est pas tant Gaston Deferre mais la position de maire qui nécessitait de ne pas ignorer ce milieu marseillais qui avait tellement d’influence et de pouvoir. Le maire était obligé de faire avec. Quand on est trente-cinq ans maire d’une ville comme Marseille, forcément on doit avoir des connexions dans tous les milieux influents et le banditisme en est un. Il fallait avoir une main là-dessus.

 

TM :  Comment aimeriez-vous que votre film soit perçu ? Quel message souhaitez-vous qu’il délivre, quelle impression peut-il laisser ?

CJ : Un hommage au courage, à l’altruisme. Le juge Michel a eu le courage de faire passer la cause collective avant la cause individuelle. C’est très rare de ne pas penser qu’à sa gueule ! C’est peut-être une des seules façons de faire bouger les choses dans le bon sens.

 

TM : Aujourd’hui encore, on ne cesse de présenter Marseille comme une ville dangereuse, malgré tous ses efforts pour améliorer son image (surtout depuis Marseille 2013…) Qu’en pensez-vous ?

CJ : Ça me gonfle parce que l’on prend un épiphènomène et on le monte en épingle, coup classique des médias. Marseille est trop pointée là-dessus, c’est ridicule. Il y a eu souvent des réglements de compte mais qui ne concernent qu’un microcosme de la ville !

Je trouve qu’au contraire Marseille s’améliore, se bonifie de façon hallucinante… Elle est en pleine expansion. Je vois fleurir partout des expos avec ce magnifique MuCEM en chef de file, des restaurants, des petits bars. Des quartiers comme le Panier ou la Joliette s’épanouissent enfin. Le Vieux-Port est magnifique. Je suis très fier de la ville. J’y ai acheté une maison et j’en suis ravi.

 

TM : Marseille est ici votre source d’inspiration. Y-a-il d’autres aspects qui pourraient vous inspirer un autre scénario ?

CJ : Ce serait avec joie de refaire un film à Marseille. Mais pour l’instant je suis encore très rempli par La French qui m’a demandé trois ans de travail et forcément, aujourd’hui, j’ai envie de faire autre chose…

 

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