Rétrospective Hervé Télémaque au Musée Cantini

Photo / Art  /   /  de Jacques Lucchesi

Longtemps le nom d’Hervé Télémaque fut associé à la Figuration Narrative, ce mouvement artistique qui se voulait, au niveau hexagonal, le pendant du Pop Art américain. Ce n’est pas une assignation inexacte mais néanmoins très réductrice. D’autant qu’un seul regard suffit pour mesurer les différences qui existent entre son art et celui de Bernard Rancillac ou de Jacques Monory, principaux tenants de cette esthétique. Pour comprendre la genèse de cette œuvre effervescente, c’est plutôt vers Haïti  – où Télémaque est né le 5 novembre 1937 – qu’il faut se tourner. C’est la conscience insulaire (qu’il partage avec son ami, le peintre cubain Wilfredo Lam) qu’il faut interroger ; de même que le sentiment d’être un colonisé, particulièrement fort dans les années 50. C’est l’exil à New-York, alors dominé par l’expressionnisme abstrait, puis à Paris  et le rapprochement avec le groupe surréaliste, mouvements qu’il rejettera successivement. Alors, on commence à saisir le sens de ses vastes tableaux en aplats, où les formes, les personnages et les couleurs semblent composer des rébus personnels (« Toussaint Louverture à New-York », 1960) ; où les images de la mode et de la publicité – non sans dénonciation du racisme ordinaire – investissent naturellement la surface de la toile, fragments photographiques et papiers collés (« My Darling Clementine », 1963). Encore ne sont-ce là que les premiers moments d’un processus qui va mener Hervé Télémaque à intégrer des objets usuels dans ses tableaux, puis à composer des installations avec des morceaux de concret (voile, parapluie) à peine retouchés (« Grand Large », « Fatalité »). Car les ustensiles du quotidien, avec leurs lignes épurées, le passionnent durant les années 70 (« Coupe », 1972). Les citations d’autres peintres sont nombreuses, tant dans ses représentations que dans ses titres – Van Gogh et Magritte, en particulier. Au cours des années 80, il reviendra à des approches plus tachistes et des coloris plus assourdis. La politique, aussi, revient en force au tournant des années 2000, comme l’illustre ce « Fonds d’actualité » peint en 2002, à l’occasion de la réélection de Jacques Chirac (dûment représenté, parmi d’autres, dans ce tableau). Quant aux œuvres sur papier, elles ne sont pas moins expressives, avec des fusains amples et contrastés, souvent rehaussés de pigments.

Ce sont là quelques éléments pour aborder la rétrospective que consacre, pour la première fois, le musée Cantini à Hervé Télémaque en cet été 2015. Inaugurée jeudi 18 juin en présence – fait exceptionnel – de l’artiste, elle rassemble 69 œuvres et propose, sur deux niveaux, l’exploration des principaux thèmes d’un plasticien, parmi les plus significatifs de la seconde moitié du XXème siècle.

Jusqu’au 20 septembre 2015
Musée Cantini
19 rue Grignan, Marseille 6ème _04 91 54 77 75
Ouvert du mardi au dimanche, de 10h  à 18h. Prix d’entrée : 8 €

 

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