Le doux temps des vacances

Histoire  /   /  de Jacques Lucchesi

Êtes-vous campagne, mer ou montagne ? Voici en tous les cas quelques éléments pour vous situer dans la longue histoire des vacances…

Vacances

Un mot magique qui rime avec « enfance » autant qu’avec « absence ». D’hiver ou d’été, petites ou grandes, elles impriment depuis longtemps leur rythme à l’ordre social. Elles ont façonné notre imaginaire et on ne compte plus les chansons, les films et les livres qui en ont fait leur décor et parfois leur sujet. N’en déplaise à quelques esprits chagrins, l’homme n’est pas fait que pour le travail et il y a pour lui une nécessité de se régénérer, tant physiquement que mentalement, hors de toute contrainte. Car les vacances ne signifient pas forcément le farniente mais le changement et la découverte (d’autres lieux et d’autres activités). Mais pour arriver à cet état de désirable alternance et à sa prise en charge par les pouvoirs publics, bien longue a été la route.
Vacances romaines
Dans les sociétés nomades et pastorales, la question des vacances ne s’est jamais posée : c’est la nature qui dictait aux hommes leurs périodes de travail et de repos. Avec le développement des villes et de l’activité artisanale, les choses vont peu à peu changer. Parallèlement aux fêtes et aux réjouissances collectives, les plus riches vont éprouver le besoin de se dépayser. C’est le cas pour les patriciens romains qui, les premiers, se firent bâtir des résidences secondaires  à la campagne pour fuir, l’été, la chaleur et les miasmes de la cité. Un judicieux investissement qui sera, bien après eux, repris par les élites religieuses et bourgeoises : nous avons, en Provence, l’exemple des bastides. Quoique la paresse soit au nombre des sept péchés capitaux, les paysans et les artisans médiévaux n’en profitaient pas moins de nombreux jours chômés – environ 80 par an – en rapport avec les fêtes religieuses.  L’été est alors favorable aux voyages commerciaux et aux pélerinages. Ou au retour à la campagne pour les étudiants parisiens qui, à partir du XIIIemesiècle, mettront à profit leurs vacances estivales pour participer aux travaux agricoles (les fameuses vendanges).
De la Renaissance à l’âge moderne
Avec la redécouverte de l’Antiquité à partir du XVeme siècle va naître un autre type de voyage : le tourisme culturel. Déjà prisée pour ses marchands et ses artistes, l’Italie va le devenir pour les vestiges de sa grandeur passée – même si les premières fouilles archéologiques ne débuteront qu’au XVIIIème siècle. Les meilleurs esprits, de Montaigne à Goethe, vont faire du voyage en Italie un moment nécessaire à leur formation intellectuelle. Un usage aristocratique des vacances qui n’excluait pas des aspects plus hédonistes et qui s’étendra progressivement à la bonne société européenne. Parallèlement aux charmes du « grand tour », les Anglais vont conjuguer, dès le XVIIIème siècle, vacances et santé avec les premières cures thermales (à Spa en Belgique, notamment) et les séjours dans les Alpes. Ce désir de vacances culminera, au siècle suivant, dans l’attrait pour les plages et les bains de mer – toujours à des fins thérapeutiques. Ainsi le littoral français, qu’il soit baigné par l’Atlantique ou la Méditerranée, va devenir un véritable Eldorado pour les industries hôtelière et ferroviaire. Elles vont multiplier les innovations et les propositions d’agrément (musique, danse, casinos, évènements sportifs) pour attirer les privilégiés qui pouvaient prendre des vacances, c’est-à-dire la vieille aristocratie et la bourgeoisie montante.

Les apports de la IIIème République
Si, en ce XIXème siècle, les bourgeois parisiens vont passer leurs vacances d’été à Dieppe et que les artistes (Delacroix, Nerval, Flaubert) s’aventurent, des mois durant, au Moyen-Orient, qu’en est-il pour les classes laborieuses et leurs enfants ? Pas grand-chose, sinon rien, tellement la vie quotidienne reste dure et incertaine. Il faut attendre les années 1880 pour que la République se penche sur la question des vacances scolaires. Elles passent ainsi de 2 à 8 semaines en été – ce qui permet aussi d’employer les enfants aux travaux des champs. Quoique laïques, les vacances intermédiaires n’en épousent pas moins la période des fêtes religieuses fériées, à Noël et à Pâques. Des œuvres de bienfaisance privées vont bientôt apparaître pour offrir aux enfants pauvres les joies de la campagne et du grand air. Religieuses ou laïques, elles sont animées par un même souci éducatif. Il s’agit d’inculquer à l’enfant les justes règles de la vie collective, tout en éveillant son esprit aux beautés de la nature. Elles anticipent les sociétés de scoutisme au début du XXèmesiècle puis, quelques décennies plus tard, la vogue des colonies de vacances.Jusqu’ici limités à quelques corporations (comme la SNCF), les congés payés se généralisent avec l’action syndicale. La loi des 13 et 20 juin 1936 accorde deux semaines aux ouvriers et aux employés : mais tous n’iront pas à la plage… Pour occuper ce temps libre, beaucoup vont épauler des parents paysans, bricolent, vont au café ou à la pêche, font des balades en vélo ou restent chez eux, en ville, heureux de pouvoir se lever quand ils veulent. Cela vaut encore mieux que les voyages propagandistes qu’offrent, à la même époque, l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste à leurs travailleurs. Après la guerre, les comités d’entreprises et autres associations populaires prendront en charge les vacances des enfants mais aussi celles de leurs parents. Avec les années 60 et la 4ème semaine de congés payés, les vacances deviennent un phénomène de masse. Mais les inégalités perdurent, selon que l’on est cadre ou employé, citadin ou paysan. Les Français redécouvrent leur pays à l’occasion d’un camping ou d’une résidence de vacances. Ils partent aussi à l’étranger, généralement dans des pays limitrophes (Espagne, Italie, Suisse). Certains osent de nouvelles formules, comme le Club Méditerranée. L’industrie du tourisme prend peu à peu son essor.
Et maintenant
Sommes-nous entrés, depuis deux décennies, dans une nouvelle ère des vacances ? Tout porte à le penser, tellement les propositions se sont multipliées et les demandes affinées. Le vacancier, désormais, s’informe, s’assure, compare les prix sur Internet. Si les seniors se sont rués sur le marché des croisières, les jeunes profitent souvent de leurs vacances pour s’initier à des sports nautiques ou alpins – quand ils n’optent pas pour un trekking au bout du monde. On préfère à la durée l’intensité de brefs séjours. Avec la 5ème semaine de congés payés, les Français peuvent étaler leurs vacances tout au long de l’année, même si les grands départs se font toujours en juillet-août et que la moitié des vacanciers continue de privilégier les bords de mer.  Mais tous ne disposent pas d’un égal budget et l’on assiste, depuis quelques années, à des regroupements, familiaux ou amicaux, qui permettent d’amortir le coût d’une location saisonnière. Et puis il y a tous ceux qui ne partent jamais, rivés à leur routine et à leur espace familier par un manque criant d’argent. La lutte pour la démocratisation des vacances n’est pas encore achevée…

 

Pour la rédaction de cet article, nous nous sommes en partie appuyés sur l’essai d’André Rauch, « Vacances en France » (éditions Hachette).

 

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