« Bab El » de Valentine Vermeil

Photo / Art  /   /  de Jacques Lucchesi

Ces scènes-là, pour la plupart, pourraient se passer dans n’importe quel pays méditerranéen. Là où les traditions ancestrales se heurtent – et s’acclimatent – à notre modernité technologique. Où les troupeaux croisent des voitures et des motos. Où la ville et la nature ne sont pas des zones rigoureusement délimitées. A ceci près que ça se passe en Palestine, sur le territoire israélien, quelque part entre Naplouse et Beer-Sheva, non loin du désert de Judée. Du coup, cette suite de 43 photos, moyens et grands formats exposés dans la Salle des Machines de la Friche Belle de Mai,  prend un sens particulier, plus grave et plus fragile. Certes, dans ces villages écrasés de soleil, où la pauvreté semble gravée dans les façades, on continue de  vivre comme partout ailleurs. On flemmarde, on papote, on boit son thé ou son café en surveillant les enfants qui jouent. De temps à autres, des fiançailles rappellent le caractère inextinguible de l’amour et sont pour tous l’occasion de faire la fête. En attendant le nouveau-né qui viendra perpétuer la lignée de celui qui est parti l’an dernier, entouré par l’affection des siens. Il y a aussi ceux qui prient et se recueillent à l’écart, qu’ils vénèrent la Torah ou le Coran. Le baptême y est toujours aussi ondoyant. Juché placidement sur son petit âne, un homme joue au Christ pour des touristes en quête d’émotions religieuses. Mais cette apparente tranquillité ne peut masquer longtemps la réalité de la guerre, endémique ici depuis plus d’un demi-siècle. Une voiture achève de se calciner, des chars israéliens manoeuvrent sur le plateau du Golan. Dans ces paysages arides où les routes ressemblent à des cicatrices, il y a aussi des intermèdes heureux. Un soldat embrasse sa bien-aimée, peut-être avant son départ au front. Une jeune appelée photographie un groupe de militaires en liesse. A d’autres le prix du sang et les signes sans gloire de la mort violente. C’est tout cela que l’objectif de Valentine Vermeil a fixé durant les séjours qu’elle a faits dans cette terre qu’on dit sainte, où le passé conditionne interminablement le présent. C’est de ces contrastes, de ces similitudes et de ces différences qu’elle nous parle humblement, sans chercher à retoucher quoique ce soit. Et cette rencontre de l’autre l’a peu à peu transformée intérieurement. Il faut voir ses photographies avec un regard synoptique, au-delà de tous les clivages partisans, si l’on veut éprouver ce sentiment de paix qui manque si cruellement aux hommes de cette contrée.

Entrée libre
La Friche La Belle de Mai
41 rue Jobin, Marseille 3ème

La Salle des Machines de 13h à 19h
_www.lafriche.org

 

 

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