Festival des Musiques, une édition 2016 sous le signe du renouveau

Musique  /   /  de Jacques Lucchesi

Un lieu commun voudrait que la musique soit l’art des sons. Ce n’est pas tout à fait faux – comme tous les lieux communs -, mais ce n’est pas complètement vrai, non plus. Car ignorer la dimension visuelle et tactile de la musique en action serait certainement se priver de sa réalité la plus spectaculaire. Cette approche globale a toujours été au centre des préoccupations du GMEM et du festival des musiques qu’il organise chaque année, depuis près de trente ans.

Sous cet angle-là, les spectateurs qui viendront assister à l’un des quarante évènements programmés au cours de cette 29eme édition ne seront pas déçus. Car elle regorge de propositions audacieuses sinon insolites, fruits d’un métissage souriant entre la musique et d’autres disciplines à priori très éloignées : comme la cuisine, de manière très concrète, ainsi qu’on pourra l’entendre (et le goûter) dans « La chair du son », le 17 mai à la Friche Belle de Mai. A quoi s’ajoutent les nombreux concerts qui marient instrumentarium classique et dispositif technologique spatialisant le son ou libérant le geste, comme « Sortir du noir » de Julia Blondeau, programmé jeudi 19 mai au Klap- Maison pour la danse.

Cette transversalité est suffisamment bien connue à présent pour qu’on ne s’y attarde pas davantage. Pas plus que sur le caractère itinérant de ce festival qui investira, cette année encore, sept structures culturelles à Marseille et une à Cassis (la Fondation Camargo). Mieux vaut sans doute se focaliser sur les différences avec les éditions précédentes. La première réside dans sa durée écourtée : huit jours seulement au lieu des quatorze habituels. Cette relative brièveté s’explique par des subventions revues à la baisse ; ce qui justifie, en contrepartie, une libération des prix d’entrée, même si les tarifs restent encore très abordables (entre 4 et 12 euros). Elle permet aussi de découper en trois grands moments le festival : week-end d’ouverture à La Criée, cheminements multiples durant la semaine suivante et week-end de clôture à La Friche Belle de Mai.

Quant à la seconde particularité, elle concerne directement les choix de programmation. A l’examen, il semble que Christian Sébille, son maitre d’œuvre, ait la volonté de renouveler compositeurs et musiciens. Alors que ce festival s’est longtemps appuyé sur les « piliers » de la musique contemporaine – Ligeti, Kagel, Xénakis, Cage ou Dutilleux pour ne citer qu’eux -, on ne rencontre guère, dans cette édition, que les noms consacrés de Georges Aperghis et Bernard Cavanna. Les autres participants sont, pour la plupart, des créateurs trentenaires, comme Pôm Bouvier, Ashley Fure, Jesper Nordin ou Alexander Schubert (dont le nom cotoie ici celui de Franz, son célèbre homonyme « présent » avec une adaptation de son « Voyage d’hiver »).

Ce rajeunissement va de pair avec une plus grande parité hommes-femmes et, pour peu que la qualité soit au rendez-vous, qui s’en plaindra ? Bien d’autres surprises attendent le public de ce festival qui se joue des frontières, tant spatiales qu’esthétiques. Christian Sébille sait que la création n’est pas une sinécure. Et que s’il faut maintenir les acquis, il faut aussi prendre des risques pour perpétuer cette manifestation originale et exigeante, surtout dans une ville comme Marseille qui n’y est guère prédisposée. C’est ce qui rend encore plus passionnante cette aventure musicale.

Du 14 au 22 mai 2016
_04 96 20 60 16.
Tous renseignements sur www.gmem.org


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