Bernard Foccroulle, culture, partage et humanité

Vos portraits  /   /  de Camille Jalaguier

Organiste de formation et de nationalité belge, Bernard Foccroulle se balade régulièrement entre Bruxelles où il vit et Aix-en-Provence où  il dirige le Festival d’Art Lyrique depuis bientôt 10 ans ! Il nous présente cette 68ème édition avec en ouverture, un Cosi Fan Tutte de Mozart mis en scène par le cinéaste Christophe Honoré. Ces dernières années, Bernard Foccroulle a ouvert le Festival à de jeunes créations contemporaines, souvent issues du pourtour méditerranéen. Une stratégie d’ouverture nécessaire et opportune…

ToutMa : En 10 ans, quels sont les changements majeurs opérés sous votre direction au Festival d’Aix ?

Bernard Foccroulle : Les musiques de la Méditerranée ont conquis un droit de cité dans un esprit de dialogue entre les cultures. La création contemporaine occupe désormais une place régulière. La création mondiale de cette édition sera Kalila et Dimna, opéra de Moneim Adwan, chanté en arabe et parlé en français réunissant 5 chanteurs et 5 musiciens.

TM : Comment choisissez-vous si pertinemment vos metteurs en scène ?

BF : Je choisis les metteurs en scène ayant un « monde » qui leur est propre, susceptibles de faire revivre les œuvres. Katie Mitchell est en résidence au Festival depuis 2012 (Written on Skin de George Benjamin). Chacune de ses mises en scène est passionnante et ne laisse personne indifférent. Son regard de femme nous amène à découvrir les opéras sous des jours inattendus. Je pense que cela sera aussi le cas de son interprétation de Pelléas et Mélisande de Debussy.

TM : Au travers de votre métier d’organiste, le baroque occupe une place importante. Comment mettez-vous ce répertoire à l’honneur ?

BF : Il est vrai que le répertoire baroque me touche tout particulièrement, je l’ai beaucoup pratiqué en tant que musicien. Cela dit, le baroque est chez lui à Aix, dont l’architecture et l’urbanisme célèbrent les XVIIe et XVIIIe siècles. Nous continuons cette année notre cycle Haendel avec Il Trionfo del Tempo, sous la baguette d’Emmanuelle Haïm et dans une mise en scène de Krzysztof Warlikowski, l’un des plus grands metteurs en scène actuels. Le chef Raphaël Pichon revient à Aix avec une version de concert de Zoroastre de Rameau, compositeur que le Festival d’Aix a contribué à faire redécouvrir il y a des décennies.

TM : Quelle approche le public de la Provence a-t-il avec le Festival ?

BF : Il représente plus de la moitié du public ! Je me réjouis du développement de cet ancrage local, qui témoigne à la fois de l’attachement du public provençal à « son » Festival d’Aix-en-Provence, et de la réussite des stratégies qui ont été mises en œuvres afin de lui faciliter l’accès, telles que le pass pour des dizaines de manifestations – gratuit pour les jeunes, 15€ pour les adultes – les activités de l’Académie et « Aix-en-juin ».

TM : Le foisonnement des festivals dans la région est-il concurrentiel ou au contraire porteur ?

BF : Il est positif à plusieurs égards : richesse de l’offre culturelle, attractivité du territoire, possibilité de passerelles entre les festivals et les institutions culturelles. Je pense toutefois que nous devons mieux valoriser ces complémentarités, et nous y travaillons avec différents partenaires, parmi lesquels les festivals de Marseille et d’Avignon et les Rencontres de la photographie d’Arles.

TM : L’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée est un projet qui doit prendre une tournure particulière aujourd’hui, avec notamment les pays en guerre… Comment gérez-vous cet orchestre ?

BF : Depuis 2014, l’Académie de notre Festival gère l’OJM : auditions des jeunes musiciens, organisation des sessions, tournées de concerts. C’est un dossier compliqué mais tout à fait passionnant. Nous accordons de plus en plus d’importance aux sessions interculturelles, qui permettent aux artistes issus de tous les horizons méditerranéens de se retrouver dans des créations collectives. Cela nous a conduits à créer MEDINEA, un réseau qui se donne pour objectif d’accompagner les artistes émergents de tout le bassin.

TM : Avancez-vous l’idée que l’art est précieux en ces temps obscurs ?

BF : Le fanatisme se nourrit de l’ignorance et de la peur de l’autre. En apprenant à apprécier les cultures d’ailleurs, nous nous rapprochons de ceux qui en sont les héritiers. En jouant de la musique écrite ou improvisée, on apprend à partager des choses intimes et essentielles, on prend la mesure de la valeur de l’autre et de sa culture. Cela ne peut que faire reculer le fanatisme.

 

Festival d’Aix-en-Provence du 30 juin au 20 juillet
http://festival-aix.com/fr

 

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