Guillaume Gallienne sur le vif

Guillaume Gallienne sur le vif
Célébrités  /   /  de Emmanuelle Vigne

C’est avec exaltation que Guillaume Gallienne se replonge dans les souvenirs du tournage de Cézanne et Moi. Le comédien a su convaincre la réalisatrice Danièle Thompson et incarne magistralement Paul Cézanne, dans la tourmente de son amitié profonde, conflictuelle et douloureuse avec Émile Zola, interprété ici par Guillaume Canet. Guillaume Gallienne a su donner vie au personnage de Cézanne avec une grande sensibilité, artiste en lutte constante avec un père méprisant et en quête perpétuelle de reconnaissance de la modernité de sa peinture. De désinvolture en fougue rageuse, l’acteur donne une interprétation possible de celui que Picasso reconnut par la suite comme « son seul maître ».

ToutMa : Qu’est-ce qui vous a plu à la lecture de ce scénario ? 

Guillaume Gallienne : Ouh la ! énormément de choses, vous avez du temps ?! D’abord, j’ignorais complètement cette histoire incroyable d’amitié entre Cézanne et Zola, ensuite la beauté du dialogue et les réflexions que suggère le film sur la difficulté de la création de tout artiste. L’amitié masculine a quelque chose d’ambigu : il y a entre eux à la fois une reconnaissance et une compétition, une rivalité, une jalousie. Zola s’en veut d’une réussite énorme et précoce, lui le fils d’immigrés italiens et Cézanne s’en veut de cette non réussite totale, lui le fils de bourgeois. Une culpabilité de part et d’autre et la rage que peut avoir Cézanne d’être incompris, d’être là trop tôt, trop moderne. Et cela, personne ne le sait et même son meilleur ami se plante en le jugeant médiocre.

TM : Avez-vous eu le choix du rôle entre Cézanne et Zola ?

GG : Danièle m’a proposé le rôle de Zola et je lui ai dit non mais Cézanne quand tu veux ! Elle a été un peu surprise, m’a demandé pourquoi et je lui ai répondu que j’avais l’impression que cette fonction, ce rôle de l’ami qui tempère, encaisse, je l’avais déjà joué avec Pierre Bergé (NDLR : rôle interprété dans le film « Yves Saint-Laurent »). Je me sens plus proche du personnage de Cézanne dans la frustration, la colère de ce gosse de riche qui n’y arrive pas… Je lui ai proposé une lecture et au moment où nous commencions, Danièle me dit « avec l’accent, bien sûr, l’accent d’Aix ! ». Je me suis donc lancé mais j’avais l’impression de n’entendre que ça. Alors Danièle m’a dit « et bien fais-en moins ». C’est ça qui est merveilleux avec Danièle, c’est toujours simple, elle relativise et… elle aime tellement les acteurs et c’est réciproque !

Cézanne et moi
de Danièle Thompson

en salle le 21 septembre

TM : Comment avez-vous préparé votre rôle ?

GG : Danièle m’a fait rencontré le peintre marseillais Gérard Traquandi avec qui j’ai travaillé six mois. C’était magique, il m’a fait peindre tout de suite et un jour il m’a dit « t’as un défaut, tu veux remplir trop vite ! ». L’acteur aurait pu entendre exactement le même reproche ! J’ai compris alors l’évolution de la peinture de Cézanne parti d’une peinture épaisse pour aller vers une peinture de réserve… son modulé uniquement chromatique : il allait du bleu jusqu’au jaune en passant par tout le spectre pour raconter plus profondément. Il dit d’ailleurs à Zola dans le film « J’aimerais peindre comme tu écris ». J’ai travaillé aussi de longs mois avec Dominique Colladant, le créateur des maquillages, Guylène Tortereau pour les coiffures et Catherine Letterier, la créatrice des costumes. J’ai pas mal lu également. « Les correspondances » de Cézanne et de Zola, « le Journal » de Zola …

TM : Et « L’œuvre » de Zola ? 

GG : Non, je viens juste de le lire. Je ne sentais pas ce besoin de me documenter et je ne voulais pas être marqué par la vision qu’a Zola de Cézanne. Je voulais entrer dans cette histoire à travers le regard de Danièle. Et être dans le concret, le ressenti.

TM : « Je sais à quel point le costume est important pour les acteurs » dit Danièle Thompson. Une anecdote à ce sujet ?

GG : Moi j’avais des chaussures à talons biseautés pour avoir les c…. en avant ! Bon, on va dire plus élégamment le bassin. Et j’avais d’autres détails comme cela qui physiquement me modulaient. J’en avais besoin pour trouver comment bouger, me tenir, me déplacer selon les époques de la vie de Cézanne. Et trois heures de préparation par jour me permettaient de vraiment investir le personnage.

TM : Quel partenaire de jeu est Guillaume Canet ?

GG : On est très différents et cela n’a rendu le film que meilleur. Cette réserve, cette mesure, on s’en est servi.

TM : Tourner sur les lieux de vie du peintre Cézanne à Aix-en-Provence était-il inspirant ?

GG : Ça m’a beaucoup changé pour tout vous dire. Au bout de quelques semaines, je me suis rendu compte que mon esthétisme changeait, devenait moins iconoclaste… C’était très agréable, cela me reste et les lieux y sont pour beaucoup. C’était très touchant de tourner dans l’atelier du peintre, de gravir la Sainte-Victoire et d’être impliqué physiquement.

TM : Quel ami êtes-vous ? 

GG : Ah ! Je crois que la seule chose que l’on ne pardonne pas en amitié c’est l’indélicatesse. J’essaie de surfer au mieux entre l’honnêteté et la délicatesse. Mais ça, c’est dans les moments pénibles. J’aime la sincérité… sinon j’aime surtout faire la fête ! Je suis Russe vous savez, j’aime rigoler, partager.

TM : Quelle est l’histoire du film que vous tournez actuellement, Maryline, votre seconde réalisation ?

GG : Celle d’une jeune fille qui a grandi dans une famille très modeste vivant les volets clos avec une mère alcoolique, dans un petit village de province et qui décide à vingt ans de monter à Paris pour être comédienne. Sauf qu’elle n’a pas les mots pour se défendre. Elle va ainsi connaître tout ce que ce métier peut avoir à la fois d’humiliant et de bienveillant. Ça va la détruire mais aussi la construire. Adeline D’Hermy joue Maryline et le tournage se termine le 14 octobre.

TM : Et votre émission « Ça peut pas faire de mal », que vous animez sur France Inter est-elle toujours d’actualité ?

GG : Bien sûr ! On commence la 8ème saison par deux émissions magnifiques enregistrées avant l’été avec Laurent Gaudé.

 

Cézanne et moi de Danièle Thompson
en salle le 21 septembre.

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