Le café dans tous ses états au MuCEM

Photo / Art  /   /  de Jacques Lucchesi

C’est, après l’eau, le breuvage le plus consommé au monde avec plus de deux milliards de tasses chaque jour. Il fait vivre cent vingt millions de personnes sur la planète et génère un chiffre d’affaires presqu’aussi important que le pétrole. Ce sont là quelques aspects du café, cette boisson dont nous avons tous fait l’expérience gustative et que, pourtant, nous connaissons si peu. Quid de sa culture, son histoire, ses légendes ? C’est pour nous permettre de combler nos lacunes – et ainsi de mieux l’apprécier – qu’est organisée, au MuCEM, l’exposition « Café in », en partenariat avec la fondation Malongo. Sous la houlette de  l’écrivain Jean-Michel Djian, trois cent quarante sept objets – tableaux, sculptures, dessins, photographies, affiches, manuscrits et documents audiovisuels –  ont été rassemblés ici dans un esprit parfaitement pluridisciplinaire. Au deuxième étage du musée, sur plus de mille mètres carrés de galeries, la scénographie conçue par l’architecte Jacques Sbriglio se déroule comme une enquête sur le café, tant dans le temps que dans l’espace. Son histoire commence au Yémen et en Ethiopie, au VIème siècle de notre ère. Au fil du temps, la passion du café – « Kahwa » en Arabe – va gagner tout le bassin méditerranéen : le Caire, la Mecque, Istanbul puis Venise, Marseille, Paris, Londres et Vienne avant d’être exporté, au XIXème siècle, à Cuba et au Brésil. Partout où il s’implante, le café soulève des polémiques, stimulant bénéfique pour les uns, diabolique et affaiblissant pour les autres. Sous l’angle linguistique, on ne peut que constater la quasi-homophonie étonnante de ses deux brèves syllabes, qu’elles se déclinent en Français (« café »), en Anglais (« coffee »), en Allemand (« Kaffé »), en Italien (« caffè ») ou en Grec (« Kafeo »). Mais la boisson donne aussi son nom aux établissements qui la servent et ceux-ci ne seront pas pour peu dans l’avènement d’un art de vivre européen, mélange de sensualité et de cérébralité exaltée. On songe au Florian, à Venise, ou au Procope, à Paris. Pourtant, avant elles, c’est Marseille qui ouvrira le premier café, près de la Bourse, en 1671.

Il fait vivre 120 millions de personnes sur la planète et génère un chiffre d’affaires presqu’aussi important que le pétrole.

Un tel phénomène de société ne pouvait que forcer l’intérêt des artistes. Grand consommateur de café, Balzac y a consacré, on le sait, de nombreuses pages : certaines sont reproduites ici. Quant à Victor Hugo, il utilisait volontiers le marc de café pour ses nombreux dessins, en marge de son œuvre littéraire. Voici une série de linogravures que William Kentridge consacra aux cafetières. Ou, un peu plus loin, le beau tableau de William Orpen, « Café royal, à Londres (1912). Là, c’est le sculpteur cubain Roberto Fabelo qui nous offre une installation en forme de cabane réalisée avec des cafetières usagées. Tandis que dans une vitrine, un service de tasses brisées rappelle l’art colérique d’Arman. Et comment ne pas s’arrêter devant la vie des cafés vue par Daumier ? Mais c’est la recréation grandeur nature de la salle du café parisien l’Ami Butte, avec ses chaises en bois et ses tables en formica, qui est peut-être la plus porteuse de nostalgie. Ce sont, à grands traits, quelques-unes des petites merveilles qui attendent les visiteurs. Ils pourront, s’ils le souhaitent, parfaire leur connaissance du café en assistant aux nombreuses manifestations (débats, lectures, projections) qui sont programmés, tant au MuCEM qu’en d’autres lieux, durant toute la durée de cette exposition sans précédent. Ne fut-ce que pour savourer davantage cette saveur et cet arôme si familiers.

Du 26 octobre 2016 au 23 janvier 2017.
Tous les jours, sauf le mardi, de 11h à 19h. Réservations et renseignements au 04 84 35 13 13 ou reservation@mucem.org
mucem.org

Photo en Une _Reza, Inde, Coorg District, village de Poli betta, 9 janvier 2013, photographie  © Reza/Webistan

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