David Dellepiane au Musée Regards de Provence jusqu’au 19 mars 2017

Photo / Art  /   /  de Jacques Lucchesi

Pour de nombreux marseillais encore, David Dellepiane (1866-1932) est cet affichiste de génie qui magnifia la vieille cité phocéenne au tournant du XXeme siècle. Pendant près de trente ans, cet infatigable travailleur sût traduire, avec sa palette aux tons fauves et son art consommé du dessin, la prospérité d’une ville résolument tournée vers le monde. Rapidement, il devint l’un des illustrateurs les plus demandés de son temps, vantant aussi bien les expositions coloniales de 1906 et de 1922 que le charme des voyages maritimes ou terrestres. Dellepiane ne méprisa pas non plus l’illustration de calendriers, de marques de spiritueux et de programmes d’opéra. Il appliqua aussi son art à la tradition des santons provençaux  pour lesquels il dessina, contre vents et marées, de très nombreuses planches jusqu’à l’extrême fin de sa carrière.

il devint l’un des illustrateurs les plus demandés de son temps, vantant aussi bien les expositions coloniales que le charme des voyages maritimes ou terrestres.

 Mais ce que le grand public sait moins, c’est que cet enfant d’émigrés génois était également un peintre doué au sein d’une fratrie elle-même férue d’art. C’est cet aspect un peu plus secret que met aujourd’hui en lumière l’exposition d’automne du musée Regards de Provence. Pour la circonstance, une centaine d’œuvres – huiles, aquarelles, dessins et affiches – ont été rassemblées, pour la plupart sorties de collections privées. Nous découvrons ainsi le jeune peintre académique qu’il fut tout d’abord, avec des portraits et des natures mortes somptueuses qui n’ont rien à envier aux meilleurs spécialistes du genre, tels Chardin et Meiffren Conte. Pour cet esprit sensible et curieux, les ambiances quotidiennes étaient autant de ferments à sa créativité, comme le montrent ici bon nombre de scènes de genre évoquant l’activité portuaire, la douceur des bords de mer ou la campagne ensoleillée dans le goût de l’école provençale.

Sa touche, cependant, allait évoluer vers une facture plus moderne, avec sa découverte du Pointillisme, du Fauvisme et de  l’Art Nouveau. C’est assez évident devant ces grands tableaux consacrés aux saisons, avec leur traitement allégorique de la femme (que l’artiste décline plus loin sous la forme d’une Colombine ou même d’un papillon). Cette entreprise de sublimation du réel est patente aussi dans ses vues du port de Marseille, souvent écrasées de lumière. Ailleurs, Dellepiane donne dans l’Orientalisme avec d’élégants portraits d’Arabes ou fait un pas vers l’abstraction avec des personnages au dessin épuré. On sent bien chez lui un irrépressible désir d’expériences graphiques et picturales ; ce que ses archives, ouvertes après son décès, devaient révéler. On peut ici, en particulier, admirer un buste de Dellepiane en bois mordoré réalisé par son frère Louis en 1933. Si cette exposition manque – et c’est dommage – de documents et de photos propres à mieux situer l’artiste dans son milieu et son époque, elle n’en enrichit pas moins la connaissance de ce touche-à-tout boulimique comme aucune autre auparavant. C’est dire qu’il ne faut pas l’ignorer dans l’offre culturelle abondante de cet automne, à Marseille.

Du 7 octobre 2016 au 19 mars 2017.
Du mardi au dimanche, de 10h à 18h.
Plein tarif : 6,5 euros. Tel : 04 96 17 40 40.
Tous renseignements sur : www.museeregardsdeprovence.com

Photo en Une _Dellepiane, Exposition coloniale 1906

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