Aubagne : Trames d’Aubusson aux Pénitents Noirs

Photo / Art  /   /  de Jacques Lucchesi

Art séculaire s’il en est, la tapisserie exerce toujours son charme sur les créateurs contemporains. Cette exposition en apporte la preuve.

Pour la plupart de nos contemporains, la tapisserie est un art qui appartient au passé. Sa seule évocation fait surgir à l’esprit une nuée de motifs floraux, élégiaques ou épiques, souvenirs de celles que nous avons vues, un jour, accrochées dans des musées. Certes, l’époque n’invite guère à la patience infinie du tissage. Elle a ajouté de nouveaux gestes et de nouveaux supports à la pratique artistique, au point d’occulter tout un savoir-faire ancestral. C’est évidemment regrettable, d’autant que la France demeure un pôle d’excellence dans cette discipline exigeante. Et la ville d’Aubusson, berceau historique de tous les raffinements textiles, s’est dotée, en cette année 2016, d’un Centre International de Tapisserie, prolongeant l’inscription de cet art au patrimoine culturel de l’humanité par l’UNESCO en 2009.

la ville d’Aubusson, berceau historique de tous les raffinements textiles, s’est dotée d’un Centre International de tapisserie, prolongeant l’inscription de cet art au patrimoine culturel de l’humanité par l’UNESCO en 2009.

Dans ces conditions, il était urgent d’organiser une exposition de tapisseries, mais d’une façon qui montre les possibilités qu’elle offre aux artistes modernes et contemporains. C’est le centre d’art des Pénitents Noirs d’Aubagne qui a relevé ce défi, avec un sens subtil de la pédagogie. Car la tapisserie est un art complexe et collectif, qui nécessite à différents moments de son élaboration, l’intervention d’artisans possédant un solide métier (comme le cartonnier et le lissier). Sans eux les merveilleuses visions de ses concepteurs resteraient à l’état de dessins. C’est ce que mettent en exergue les commentaires qui étayent ce parcours, de manière à préparer le visiteur aux oeuvres présentées ici.

Aussi condensée qu’elle soit – une quinzaine de tapisseries, seulement -, cette exposition n’en offre pas moins la rencontre avec quelques chefs-d’œuvres. A commencer par ce Tapis-porte qui, par ses dimensions colossales (8 mètres de long, 2,5 mètres de haut et 2 mètres de large) occupe à lui seul toute une section. Concue par Vincent Bécheau et Marie-Laure Bourgeois en 2012, cette incontournable création a nécessité deux ans de travail et pas moins de soixante-dix couleurs de tissus. Elle se veut une méditation concrète, tant sur la frontière que sur le langage, puisque s’y entremêlent, de façon toute babélienne, des alphabets du monde entier (d’où son titre Toute personne 2 – tissage-métissage).

cette exposition nous offre la rencontre avec quelques chefs-d’œuvres…

Dans le second pavillon, carte blanche a été donnée à l’artiste Marc Petit qui présente un échantillon significatif de ses très nombreuses tapisseries avec leurs dessins préparatoires. Quoique moins présentes, dans les grandes maisons de ventes, que celles de Jean Lurçat, les tapisseries de Marc Petit n’en sont pas moins très prisées des collectionneurs et des musées, tant en France qu’à l’étranger. Abstraites ou figuratives – on ne peut que s’attarder sur sa série des funambules -, elles témoignent de son inventivité et d’un nuancier de couleurs qui n’a rien à envier aux meilleurs peintres.

Des peintres et de leur rapport à la tapisserie, il en est justement question dans la dernière section. Dans les six œuvres présentées – une par artiste -, on retrouve quelques grands noms de l’art moderne, comme Georges Braque, Hans Arp et Victor Vasarely. Mais on ne peut, en aucun cas, négliger les compositions de Wormsky, Mathieu Matégot et Thomas Gleb, dont la blancheur toute mystique de sa tapisserie exerce une indéniable attraction. Il est dommage, cependant, qu’aucune œuvre de Jean Lurçat – maître incontesté de la tapisserie moderne – n’ait pu être prêtée pour cette occasion.

Des concerts, des ateliers, des lectures et des causeries sont également programmés durant toute la durée de cette belle exposition, d’accès entièrement gratuit. On aurait bien tort de ne pas l’inscrire dans son agenda.

Du 10 décembre 2016 au 15 avril 2017
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04 42 18 17 26
Courriel : chapelle.penitents@aubagne.fr ou www.aubagne.fr/aubusson

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