Corniche Kennedy, au cinéma le 18 janvier

Cinéma  /   /  de Julie Mandruzzato

Du livre à l’écran, une adaptation est une bulle dans un bain de créativité. Né d’un désir de filmer Marseille, Dominique Cabrera a chaussé ses méduses pour partir chasser l’image dans les récifs de la Corniche Kennedy.

Ils sautent des rochers comme nous nous jetons dans nos fauteuils au début de la séance. Naturellement prêts et intenses, à la recherche du risque, une bande de jeunes défient les méandres de leurs différences et de leurs conditions sociales en plongeant du haut de la Corniche. Ce film inspiré du roman de Maylis de Kerangal, retrace le temps d’un été, le triangle amoureux de ces adolescents sous couvert d’une intrigue policière. Elle permet de donner une ligne à l’histoire : le fil du rasoir sur fond bleu.

« Le décor unique, le ciel et la mer comme un fond, une couleur éclatante qui magnifierait les jeunes des quartiers populaires, héros du récit ».

Car la force de ce film réside dans la beauté du littoral. Les courbes des roches et la lumière extérieure sont matières à la cinématographie. Le flot de l’eau porte ces adolescents des milieux populaires, le décor rendant presque poétique le « parler » de cette génération prise dans les tentacules de la ville pesante et que l’on ne souhaite pas montrer. Ces jeunes de quartiers se sont appropriés les lieux, étant pour les habitants des environs ces oursins sur lesquels on n’a pas envie de marcher mais qui dérangent par leurs comportements d’affranchis, parfois immoraux. Ils sont pourtant la réalité de la ville, et le casting sauvage de la réalisatrice nous en donne la certitude. « Quand on a commencé le projet avec Dominique, j’ai commencé à m’intéresser au roman dont le film a été tiré. Quand j’ai lu les pages, je me suis dit c’est pas possible, c’est comme si quelqu’un d’invisible nous avait observé pendant tout ce temps. Les mêmes histoires, le même quotidien, le même délire » nous raconte Kamel Kadri (Marco). Une distribution des rôles atypique pour ce film qui met en scène une majorité d’acteurs non-professionnels.

« Un jour, je vois de loin un petit groupe à l’endroit exact où je pensais que pouvait se passer le film. Je m’approche, je cherche à les photographier, ça ne leur plaît pas mais quelque chose se passe ».

Des jeunes assurant leurs rôles avec le naturel de se jouer soi-même. C’est pourquoi ils donnent si bien la réplique aux sauts qu’ils exécutent eux-mêmes, c’est pour ça que l’idiome du scénario colle autant aux lèvres iodées des scènes. Lola Créton (Suzanne) mène le ballet synchronisé du trio et a su sans hégémonie tirer le meilleur de cette association. En revanche si les paysages et la naïveté de cette jeunesse en devenir soutiennent le scénario, on reprochera à l’histoire un manque d’impulsion. Alors qu’il faut prendre de l’élan pour se jeter à l’eau, le fil conducteur semble se découdre dans un triptyque narratif s’échouant sur notre désappointement. L’intrigue policière se retrouve comme un phare au milieu de l’océan des propos, la magnificence du décor brouille les pistes de la criminalité qui semble être hors-contexte dans un Marseille ne souhaitant que dévoiler sa poésie aquatique.

« Corniche Kennedy » d’après le roman de Maylis de Kerangal.
Sortie au cinéma le 18 Janvier 2017

Texte _Julie Mandruzzato

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