Musée Réattu : Anatomie du paysage

Photo / Art  /   /  de Jacques Lucchesi

 

Parmi les différentes catégories développées par la peinture classique, le paysage reste certainement l’une des plus universelles et des plus pregnantes. Il a formaté notre imaginaire et nous ne pouvons guère nous promener dans la campagne sans voir les effets artistiques que nous pourrions en tirer. Car le paysage est avant tout une affaire de cadrage ; il s’agit  d’isoler un morceau de réalité naturelle pour le transformer avec les moyens de l’art en une totalité se substituant à la chose regardée. Tout comme le peintre avant lui, le photographe ne procède pas autrement ; et on ne dira jamais assez la dette que son art conserve vis-à-vis de la peinture.

Voilà le point de départ de la belle exposition qu’organise à Arles, sous l’intitulé « Anatomie du paysage » le musée Réattu. A travers le passage de relais à un médium plus moderne, c’est de l’évolution de ce genre qu’il est question ici. Riche de cent trente photographies (pour la plupart issues des collections du musée), ce parcours thématique nous entraîne, néanmoins, dans une pluralité de postulations.Certains reviennent ainsi sur des sites immortalisés par des peintres – comme Cézanne et la Sainte Victoire – pour compléter leur  approche : c’est le cas pour Brigitte Bauer. D’autres, commes Kishin Shinoyama, cherchent à mettre en évidence l’abstraction des formes dans la nature (Death Valley). Tandis qu’un photographe comme Manel Esclusa insiste sur l’analogie entre les formes géologique set les formes féminines (photo ci-dessous Umbilical). Cette démarche, avec encore plus de sophistication, est aussi celle de Lucien Clergue, artiste habile à magnifier le corps féminin en l’intégrant dans un décor naturel. Sous un autre angle, c’est aussi celle de René Mächler avec ses Paysages de femmes.

L’expansion de l’urbanité au XXème siècle allait forcément faire bouger les lignes du genre ; jusqu’à ce que l’humanité subsume la nature, générant ainsi la notion de « paysage humain ». Robert Doisneau, avec La meute, place de la Concorde, nous montre une jeune et jolie femme en train de pousser tranquillement son enfant dans une poussette, tandis qu’un bataillon de voitures semble foncer sur elle. La plage est le sujet de Boulogne sur Mer, de Gabriele Basilico. Le cadrage reste panoramique mais c’est sur des détails plus humains que le regard se porte.

Ce sont là quelques aspects, parmi bien d’autres, de cette exposition particulièrement instructive. Elle démontre la vitalité du travail de relecture photographique entrepris, depuis 2013, au  musée Réattu. Sans d’ailleurs négliger, à travers d’autres expositions, la part de la peinture contemporaine.

Jusqu’au 11 juin 2017
Musée Réattu, 10 rue du Grand Prieuré, 13200 Arles.
_04 90 49 37 58. Tous renseignements sur : www.museereattu.arles.fr

 

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