Jean-François Caujolle sans filet

Entrepreneurs  /   /  de Jeff Carias

Les amoureux de la petite balle jaune attendent chaque année le mois de février avec impatience car c’est le moment de l’Open 13 Provence de tennis. Rencontre avec son créateur, Jean-François Caujolle pour un entretien qui ne ressemblait pas du tout à celui que j’avais imaginé. Jeff vs. Jeff, Caujolle au service, balles neuves…

J’avais commencé à écrire mon article avant même de le rencontrer. Je l’avais rédigé dans ma tête. Mes scuds et plaisanteries étaient affutés et je me réjouissais par avance du texte que j’allais vous ciseler. En effet, quand Céline Bouchard (ma patronne bien aimée) m’a proposé de dresser le portrait du patron de l’Open 13, je me suis dit que, pour une fois, j’allais gagner facilement le salaire indécent qu’elle me verse pour chacune de mes contributions littéraires.

Avant même de poser mes fesses devant ce grand gaillard aux cheveux gris que je croyais bien connaître, j’ai appuyé sur « vider la corbeille » et j’ai troqué mon interview contre une discussion. Bien m’en a pris.

Jean-François Caujolle m’a parlé librement. Libre… voilà un mot qui lui colle parfaitement à la peau. Bien sûr, nous avons évoqué Marseille Capitale Européenne du Sport, bien entendu, je l’ai questionné sur le tournoi Open 13 Provence qui démarre le 20 février prochain au Palais des Sports, mais ce n’était pas le plus intéressant. Jean-François m’a confié avoir eu deux vies. La première, il l’a passée sur les courts de tennis du monde entier ; il l’a vécue dans la peau d’un branleur (sic), un joueur de tennis dilettante, talentueux mais un peu feignant sur les bords de la raquette. S’entraîner 12 mois sur 12, se soumettre à une discipline de fer et connaître une vie d’ascète… très peu pour lui. Pendant les tournois, il préférait visiter les musées et les restaurants des villes dans lesquelles il posait ses sacs plutôt que de fréquenter les terrains d’entraînement. Cela ne l’a pas empêché d’être durant quelques années le 51ème meilleur joueur mondial, de battre Björn Borg ou Guillermo Villas mais il y avait un plafond de verre qu’il n’a pas eu envie de crever.

Cet homme modeste et discret, détaché de tout, me confie avoir été un peu « con » à cette époque. Il m’explique avoir compris à 40 ans que ce sont les erreurs qui font progresser, que les reconnaître nous ferait gagner du temps.

A 20 ans, Jean-François Caujolle n’était pas capable d’un tel recul. « C’est dur de reconnaître qu’on est mauvais » m’avoue-t-il dans une sincérité touchante. « Quand on est sportif, on connaît beaucoup d’échecs, soit on s’en sert pour rebondir, soit cela t’inhibe. J’ai préféré accuser le public, la météo, les journalistes, la terre entière que de me remettre en cause. Aucune de mes défaites ne m’appartenait. »

Jean-François s’est trompé d’adversaire durant 15 ans et puis, la maturité venant, il a ouvert les yeux : « J’ai assumé mes succès et mes échecs et cela a été une révélation pour moi, comme si je me réveillais ». Je lui demande alors si le Caujolle d’aujourd’hui, avec le physique du Caujolle d’autrefois, serait un meilleur tennisman ; sa réponse fuse comme un passing-shot : « Je serais dans les 15 meilleurs joueurs mondiaux ! ». Il ne plaisante pas et je le crois volontiers tant cet homme semble invincible, résilient, imperturbable et serein ; des qualités utiles quand on est un jeune sportif de haut niveau.

On parle aussi de notoriété et d’argent mais Jean-François me regarde dans un grand sourire. Il s’en fout. Il a refusé de vendre son tournoi à un émir qui en proposait le double de son prix. Il n’a gardé ni raquettes, ni médailles, ni coupes de ses années de gloire sportive. Les récompenses, la Légion d’Honneur ? Non merci.

Quand je lui demande la trace qu’il souhaiterait laisser sur terre (battue) une fois qu’il aura joué son dernier match, le seul perdu d’avance, il éclate d’un rire franc : « Rien ! Tu me mets dans une boîte et tu me brûles. Je veux qu’on se souvienne de moi en tant qu’être humain. Je ne sauve pas des vies, je n’ai rien fait d’exceptionnel ». Promis Jean-François : je me souviendrai de toi comme d’un être sacrément humain.

Open 13 Provence du 20 au 26 février 2017
_www.open13.fr

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