Soudain l’été dernier, vérité contre mensonge

Théatre / Danse  /   /  de Camille Jalaguier

Pour sa première création à l’Odéon en tant que directeur de ce théâtre, Stéphane Braunschweig met en scène Soudain l’été dernier de Tennessee Williams. On connait surtout Tennessee Williams pour les adaptations cinématographique de ses pièces : La chatte sur un toit brûlant ou un Tramway nommé désir. Suddenly last summer aura également connu sa version sur pellicule avec aux commandes Mankiewicz et dans les rôles principaux Elizabeth Taylor et Katharine Hepburn, sans pour autant remporter l’adhésion de l’auteur. A l’inverse, et pour rester dans la volonté de T. Williams, Stéphane Braunschweig suit les didascalies : des plantes et des oiseaux exotiques, une jungle tropicale… on sent la chaleur de la Nouvelle-Orléans du milieu des années 1930, qui écrase les personnages en quête de vérité. Un poète est mort l’été dernier, sa mère veut le protéger de la rumeur affreuse qui circule sur lui. Pour préserver sa mémoire, elle veut faire interner la cousine du défunt, seule personne à avoir assisté au drame.

Deux personnages centraux, deux personnalités, deux versions des faits. Nous avons d’un côté, cette mère possessive, Violette, prête à tout pour ce fils perdu qu’elle considère comme un être vertueux, et de l’autre, Catherine Holly, la cousine dérangée aux comportements soit disant schizophrènes qui voit en lui un féroce prédateur sexuel. Au centre des débats, face à ce déni de réalité et cette violence, un médecin psychiatre (joué par Jean-Baptiste Anoumon) tente de guider les deux femmes, tout comme le spectateur, vers la vérité afin de démêler les lianes de ce huis-clos oppressant. La diction froide de Luce Mouchel (Mrs Venable, Violette) vous lance que « le travail d’un poète, c’est sa vie, et vice-versa. ». Effet de miroir pour l’auteur qui transpose ici sur papier les tourments de sa propre vie. C’est bien Tennessee Williams que l’on retrouve ici en  filigrane. Lui qui s’est occupé toute sa vie durant de sa propre sœur victime de lobotomie et qui dû également cacher son homosexualité.

Si le jeu des comédiens est essentiellement sonorisé, le denier monologue de Catherine se fait sans cet artifice, sans ce filtre, pour qu’on écoute enfin la vérité. Un moment unique à ne pas rater, qui ne vous transportera pas de joie mais dans un texte aux frontières du réel et de la poésie, dans une époque qui traite de sujets encore actuels.  La puissance de l’argent face aux impuissants, le tourisme sexuel. Des sujets graves, avec quelques notes d’humour qui n’enlèvent rien au tragique. Dans ce monde idéal où les apparences et les bonnes conduites préfigurent, la confrontation du monde réel est inconfortable.

Une production Odéon- Théâtre de l’Europe
Du 25 au 29 avril au Théâtre du Gymnase, Marseille

Réservations : http://www.lestheatres.net/fr/activity/177-soudain-l-ete-dernier

 

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