Renaud Capuçon, 5ème édition du Festival de Pâques : la fascination du répertoire

Célébrités  /   /  de Camille Jalaguier

Aix-en-Provence est devenue une place incontournable de la musique classique. Depuis 2013, Le Festival de Pâques amplifie la vie culturelle de ce territoire en mettant à l’honneur, au printemps, de grands instrumentistes, des compositeurs exceptionnels et des ensembles philharmoniques d’envergure internationale. Conversation intense avec Renaud Capuçon, violoniste surdoué et génial co-géniteur de ce festival.

ToutMa : Vous parlez souvent d’ouverture vers les jeunes, de sensibilisation du plus grand nombre à la musique classique… 

Renaud Capuçon : Il se trouve que cette année, c’est vraiment une programmation classique. Je suis très sensible aux nombreuses rencontres que je fais, donc il n’est pas du tout exclu que j’invite un jour, un acteur, un danseur ou un musicien de jazz. Ce n’est pas une volonté de cloisonner, je propose ce que je connais, ce n’est pas plus compliqué.

TM : Est-ce comme cela que vous construisez votre programmation, au fil de vos rencontres ? 

RC : Chaque année il y a des artistes que j’ai envie d’inviter, des œuvres que je veux faire découvrir au public. C’est comme un puzzle qui se met en place. Là, on fait la programmation de 2019 et on boucle celle de 2018 ! C’est un exercice intéressant car on a toujours trois festivals dans la tête. C’est une vraie gymnastique, d’autant qu’il faut varier. On essaie de faire en sorte que les styles soient différents. Cette année par exemple, la musique contemporaine est représentée par Thierry Escaich avec le trio Wanderer (le 18 avril au conservatoire Darius Milhaud).

Festival de Pâques
du 10 au 23 avril
_www.festivalpaques.com


TM : Est-ce un atout que le festival se déroule à Aix-en-Provence pour les musiciens ?

RC : Moi j’habite Paris mais l’idée d’arriver le 10 avril et de repartir le 23 m’enchante. C’est une ville qui respire la culture, qui est belle, il s’y passe toujours énormément de choses. Quand les musiciens voient Aix sur leur planning, ils sont contents avant même d’arriver.

TM : Pourquoi avoir choisi cette ville alors qu’elle est déjà riche culturellement et musicalement ?

RC : J’ai d’abord envisagé le festival et ses sponsors puis j’ai appelé Dominique Bluzet (Directeur des Théâtres Aix-Marseille). Dans la région, beaucoup de choses se passent, notamment le Festival d’Art Lyrique mais maintenant je peux dire qu’on a bien fait, car ça a marché tout de suite très fort. J’y vois le signe d’une insuffisance musicale à ce moment-là. À l’époque, je ne pouvais pas imaginer que ça manquait. Mais l’un n’empêche pas l’autre. On est ici sur le même modèle que Salzbourg où a lieu le festival d’été – un des plus gros d’Europe – et celui de Pâques, fondé il y a 50 ans par Herbert Von Karajan.

TM : Pourriez-vous vivre en Provence ? 

RC : Ça fait partie des rêves, d’une utopie. Avec mes voyages incessants, c’est plus pratique depuis Paris. Mais quand je m’installe dans ma chambre d’hôtel et que je vois la montagne Sainte-Victoire par la fenêtre, je pose mes valises pour 15 jours. Ça m’arrive rarement, sauf pendant les vacances justement. C’est assez unique pour moi de rester deux semaines quelque part…

TM : Avez-vous des adresses de prédilection ? 

RC : C’est horrible mais pendant le festival, le fait de jouer, d’accueillir les musiciens, de répondre à la presse, je me lève à 7h et me couche à 2h. J’essaye d’apercevoir tous les jours mon fils (Elliott, 6 ans, né de son union avec la journaliste Laurence Ferrari), de déjeuner avec lui rapidement mais parfois il y a trois concerts par jour alors je n’ai pas trop le temps pour d’autres découvertes !

TM : Vous restez fidèle à de jeunes artistes de la même manière que vous êtes attaché aux ensembles de frères et sœurs, à l’image de votre fratrie. (Concert Frères et sœurs au Grand Théâtre de Provence, le 18 avril à 20h30). Cela vous tient-il à cœur ? 

RC : Oui. Par exemple le violoncelliste Edgar Moreau : je lui ai fait rencontrer mon agent, ma maison de disque, comme je l’avais fait pour mon frère. Quand on aime quelqu’un et qu’on le trouve talentueux, on a envie de l’aider, c’est tout à fait naturel. Je vais même jouer avec Gérard Caussé à l’alto, un musicien qui a l’âge d’être mon père et qui m’apporte beaucoup. Il viendra d’ailleurs avec mon frère, le violoncelliste Gautier Capuçon, ce 22 avril.

TM : Sauriez-vous annoncer les gros succès de cette édition 2017 ?

RC : Ah, c’est toujours compliqué ! Si vous avez 22 enfants, c’est dur de dire lequel vous préférez. Pour la première fois dans le festival, nous avons un opéra, certes sans mise en scène, mais on ouvre avec ça. John Eliot Gardiner dirige Le retour d’Ulysse dans sa patrie pour les 450 ans de Monteverdi (le 10 avril à 20h30 au Grand Théâtre de Provence). Je pense que c’est assez formidable. Quand Gardiner est venu il y a deux ans, il avait fait une Messe en si de Bach qui est restée mémorable. Il était très heureux de se produire à Aix car il n’y avait pas remis les pieds depuis plus de 20 ans. Il m’a dit qu’il aimerait y revenir et voilà comment est né ce projet. Parfois ça se joue sur une envie, on dit « banco » et on avance comme ça. C’est un désir commun et le public le ressent. Je me réjouis également de recevoir Philippe Herreweghe (pour La Passion selon Saint-Matthieu de Bach le vendredi de Pâques) et l’Orchestre de chambre d’Europe, mais là, si je continue, je vais vous citer les 22 concerts…

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