Shurik’n du groupe IAM « Le rêve est notre carburant »

Célébrités  /   /  de Emmanuelle Vigne

IAM entretient la légende avec ce 8ème album intitulé « Rêvolution ». 27 ans de carrière et toujours ce son qui claque, des textes engagés et positifs, propices à l’éveil des consciences et ce même enthousiasme à produire du rap. À travers 19 titres, le groupe revendique plus que jamais cette culture hip-hop, fidèle à « ses codes artistiques à travers l’écriture, l’à-propos, le flow, la langue française, les thèmes, les images, les métaphores » dixit Shurik’n qui nous accorde cette interview. 

ToutMa : Rêvolution, association des mots rêve et évolution, est un beau titre. D’où vient ce néologisme ?

Shurik’n : L’idée du titre vient, comme souvent, après l’enregistrement. Le groupe se réunit, écoute l’album, discute et voit ce qui s’en dégage. Chacun a jeté des mots représentatifs de l’ensemble des titres et ces deux mots sont sortis. Nous sommes arrivés à cette contraction, ce nouveau mot « rêvolution » qui lui correspondait très bien.

TM : Sur la pochette, un poing levé enrobé d’un micro… C’est le symbole de la révolution par la musique ?

S : Oui, pour nous ça l’a été. Maintenant on ne dit pas que l’art et particulièrement la musique vont changer quoi que ce soit. Mais, si l’écoute des morceaux permet d’engendrer des débats, de soulever des questions, d’amorcer une réflexion, c’est déjà pas mal ! La plupart de nos textes sont soit d’un avis tranché, soit nés d’une discussion dans laquelle chacun peut débattre…

IAM en tournée
du 8 novembre au 5 décembre
_www.iam.tm.fr


TM : Le son de l’album est énorme. On n’entend peu cette qualité dans le rap français. Quel est votre secret ?

S : Merci. On se prend déjà beaucoup la tête pour la composition et il y a ensuite un gros travail de mix. Nous avons fait confiance une fois de plus à Prince Charles (Alexander). Nous aimons son approche, ses propositions. En plus d’être un incroyable ingénieur du son, c’est un super musicien des années 70, il jouait dans un groupe que nous avons d’ailleurs « samplé » ! Il est aussi professeur à l’université. Son écoute est unique, nous sommes en osmose depuis L’Ecole du micro d’argent. En lui confiant l’album, on savait où on allait et nous n’avons pas été déçus.

TM : Un des titres dit qu’il n’y a pas de paix sans justice. Peter Tosh (Equal Rights) abordait déjà ce thème dans ses chansons en 70. Le monde n’a-t-il donc pas évolué ?

S : Oui effectivement, 40 ans après nous en sommes au même point… On nous dit souvent que nos paroles sont encore d’actualité. D’un côté, c’est gratifiant cette reconnaissance à travers les générations mais d’un autre, quand on nous dit que l’on a été visionnaire avec des paroles encore d’actualité sur des sujets comme celui-ci, on trouve ça profondément déplorable pour le pays. Cela veut dire que l’on n’a pas encore les clés du vivre ensemble, de l’acceptation des autres, etc.

TM : Le rêve est-il réellement un moteur pour vous ?

S : Oui, il l’a toujours été ! Si nous n’avions pas rêvé, nous n’aurions pas eu cette carrière. Au départ, c’était un propulseur et c’est devenu un moteur et un carburant. On continue de rêver d’évolution, de vivre ensemble, d’avoir enfin des hommes politiques qui nous ressemblent… Nous voulons aussi apprendre à nos enfants à rêver, c’est important puisque l’école ne le permet pas.

TM : Après tant de titres signés Shurik’n et Akhenaton, c’est presque une signature à la « Lennon-McCartney ». Comment se passe votre collaboration ? 

S : (rire) Les guitares en moins ! En fait il n’y a pas vraiment de règles, le processus d’écriture est devenu tellement naturel. La plupart du temps on écoute la musique, ça nous inspire, on cherche les sujets ensemble et une fois qu’on a le thème, ça part en ping-pong et on affine. On ne démarre pas en même temps mais on arrive au même but, un peu comme deux attaquants au football, il y a des automatismes qui se créent. Et c’est la mélodie qui nous indique la direction à prendre : le sujet, l’imagerie, et même un type de métaphores.

TM : Vous livrez beaucoup de musique sur chacun de vos albums. Imhotep et vous-même êtes très prolifiques. Comment composez-vous ? 

S : Sur cet album, c’est vraiment Akhenaton et Imhotep qui ont produit. En production, on travaille toujours de la même manière en partant d’idées et d’échantillons. Sampler est devenu difficile maintenant qu’on est trop connus pour sortir des mixtapes sur youtube. Quand tu vends des disques, tu as ensuite obligatoirement la visite des concernés que tu samples et souvent ils veulent plus que ce qui leur est dû. Même si on n’écoutait plus leur morceau depuis vingt ans, l’artiste est en droit de demander beaucoup. Donc on fait beaucoup de compositions et tout le monde donne son avis sur les musiques.

TM : Marseille a accéléré sa mutation. Comment voyez-vous l’avenir de la métropole marseillaise ?  

S : C’est une bonne chose, les aménagements réalisés sont bien. Les travaux sont énormes et il y en a partout, l’organisation des chantiers pourrait être mieux gérée mais Marseille attire. Les gens ne s’y installent pas pour le travail mais pour la qualité de vie, preuve en est avec le TGV Marseille-Paris bondé en début et fin de semaine. Cette ville a un potentiel phénoménal et c’est aussi un vivier de talents en tout genre qui, malheureusement, finissent par s’exporter.

TM : Que pensez-vous du rachat de l’OM ?

S : Il y a beaucoup de projets, on va laisser la saison se finir. J’ai beaucoup d’attentes pour la saison prochaine et je pense que le recrutement va être déterminant parce qu’il va donner des indications sur le type de jeu que l’on va pratiquer…

 

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