Rencontres de la Photographie d’Arles du 3 juillet au 24 septembre 2017

Photo / Art  /   /  de Jacques Lucchesi

Comment définir les Rencontres de la Photographie d’Arles sinon en affirmant qu’elles sont une fête de la photographie ? Elles sont à cet art faussement facile ce que Cannes – osons la comparaison – est au cinéma international. Depuis leur création, voici près de cinquante ans, leur renommée n’a cessé de croître. Elles ont vu passer les plus prestigieux photographes, mais aussi des talents méconnus ou insoupçonnés, des débutants et des amateurs. Elles leur ont fait une place dans un cloître, une officine municipale ou une friche d’usine transformée en salle d’exposition. Car, selon les mots mêmes de leur actuel président Sam Stoudzé, « c’est un festival de la photographie au service des photographes ». Et les bourses, stages ou workshops, qui accompagnent chaque année les expositions, sont là pour le rappeler. Cette fête, évidemment, implique de nombreux sponsors : citons notamment Olympus, la fondation suisse Luna, BMW et la SNCF. Mais son atout majeur réside dans ses visiteurs de plus en plus nombreux. En 2016 ils furent 104 000 à sillonner en tous sens la vieille cité romaine, achetant plus d’un million d’entrées. Il faut également saluer ces passionnés qui viennent, à cette occasion, du monde entier. La dimension internationale des Rencontres est telle qu’à l’instar du Louvre ou du centre Georges Pompidou, elles se sont peu à peu transformées en marque et s’exportent  jusqu’en Chine. Pour autant, elles ne négligent pas leurs liens avec le tissu culturel local : cette année, le Grand Arles Express aura des avant-postes photographiques à Marseille, Toulon, Avignon et Nîmes. Mais si la photographie est ici l’objet de toutes les attentions, elle est aussi le catalyseur de la fête tout simplement, surtout durant la semaine d’ouverture. Entre le 3 et le 8 juillet prochains, le public se pressera certainement à la grande soirée colombienne ou aux soirées du théâtre antique, pour des concerts, des lectures et des projections. De grands moments d’empathie et d’émotions esthétiques en perspective qui vont dynamiser l’économie locale (22 millions d’euros engrangés l’an dernier).

rencontres-arles.com

Il y a fort à parier que ces chiffres seront atteints, voire dépassés, avec l’édition 2017, quarante-huitième du nom. Avec près de quarante expositions réparties en vingt-cinq lieux (dont deux nouveaux espaces boulevard Emile Combes), elle accueillera deux-cent-cinquante artistes et deux-mille-cinq-cent œuvres. La Colombie y sera particulièrement à l’honneur, sans doute parce qu’elle est en pleine reconstruction, son président, Juan-Manuel Santos, ayant mis fin, l’an dernier, à un demi-siècle d’affrontements avec les FARC. Trois expositions scruteront les soubresauts de ce pays, l’un des plus importants d’Amérique Latine. L’Iran sera un autre pôle de réflexion politique et sociale à travers l’objectif de soixante-deux photographes. Avec Iran, année 38, c’est l’évolution de la société iranienne qui nous sera donnée à voir, depuis la révolution islamique de 1979 jusqu’à sa progressive réouverture au monde occidental, ces deux dernières années.

D’autres expositions mettront aussi l’accent sur les désordres du monde actuel. Comme l’enquête photographique de Mathieu Asselin consacrée à la très controversée firme Monsanto ou celle de Gidéon Mendel Un monde qui se noie – qui dénonce, images à l’appui, les inondations causées par le réchauffement climatique. Quant à Niels Ackermann et Sébastien Gobert, c’est de l’élimination des symboles soviétiques dans l’Ukraine d’aujourd’hui qu’ils nous parlent avec leur Looking for Lenin.

Aussi pertinentes qu’elles soient, ces thématiques ne seront peut-être pas au goût de tous les visiteurs. Dans ce cas, ils pourront toujours se tourner vers des expositions plus glamour, comme les variations narcissiques de l’actrice Audrey Tautou rassemblées dans Superfacial ou les parodies cinématographiques de la chinoise Silin Liu avec I’m everywhere. Ceux que captive l’histoire de l’art iront certainement à la découverte de l’exposition Le spectre du Surréalisme qui célèbre les quarante années de la création du centre Georges Pompidou. Ou peut-être voudront-ils connaître les usages photographiques que faisait Jean Dubuffet – le père de l’Art Brut – en allant voir La photographie vue autrement ?

Voilà sans doute quelques jalons de cette édition 2017, même si ce n’est qu’un petit aperçu de son offre débordante. A chacun maintenant de se composer son parcours idéal. Avec le Rhône en toile de fond…

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