Les années yé-yé de Jean-Marie Périer aux Archives et bibliothèque Départementales

Photo / Art  /   /  de Jacques Lucchesi

En ce temps-là, la vie était plus dure qu’aujourd’hui, plus simple et plus joyeuse aussi. On était encore dans les années d’après-guerre et l’optimisme n’avait pas déserté le cœur des Français. La jeunesse s’affirmait peu à peu comme une classe sociale à part entière et se cherchait des modèles. L’industrie culturelle allait vite se charger de lui en fournir avec des acteurs mais surtout des chanteurs sur mesure. Des chanteurs qui débordaient de charme et d’audace créative ; des chanteurs du même âge que leurs fans. Ils se prénommaient Johnny, Eddy, Franck, Dick ou Sheila – car l’Amérique avait alors la côte -, mais aussi Richard, Danyel, Jacques, Françoise, Sylvie, Claude, Michel, Antoine, histoire de rappeler que les Français savaient aussi chanter. Le transistor, en plein boom, le microsillon et la télévision allaient se charger du reste.

Voilà, à grands traits, la genèse des années yé-yé. Elles allaient trouver leur chroniqueur en la personne de Jean-Marie Périer. Fils adoptif d’un célèbre acteur, fils naturel d’un non moins célèbre chanteur et showman, ce musicien contrarié allait trouver sa véritable vocation dans la photographie. Pendant douze années trépidantes – de 1962 à 1974 -, ses photos firent les beaux jours du magazine Salut les copains. Douze ans pendants lesquels il suivit partout ces nouvelles idôles, sympathisant avec eux – et parfois davantage -, enregistrant leurs faits et gestes, captant leurs images sous tous les angles possibles, recueillant en retour un peu de leur étourdissante popularité. A cette époque, ses photos n’étaient au mieux que des objets de collection pour des teenagers  énamourés qui les épinglaient dans leurs chambres. Elles resurgissent aujourd’hui en icônes modernes, à travers des livres et des expositions, affectées d’une plus-value sentimentale autant que financière.

Le temps a fait son œuvre et la nostalgie les a transformées en œuvres d’art à part entière. En témoigne cette exposition qui rassemble une centaine d’entre elles, en couleur et en noir et blanc. Beaucoup d’instantanés, riches en émotions, mais aussi des portraits et des photos de composition qui cherchent à traduire un peu la personnalité de leurs modèles. Voici Eddy Mitchell en cow-boy, Julien Clerc en hippie androgyne, Michel Polnareff repoussant déjà un monde trop angoissant pour lui, Michel Sardou drapé dans la bannière américaine ou France Gall en éternelle collégienne. Il y a aussi Jacques Dutronc en frimeur invétéré et Françoise Hardy en mélancolique égérie de mode. Les vieux de la vieille écraseront peut-être une larme devant elle. Quant aux jeunes d’aujourd’hui – ceux qui dansent sur les reprises de M Pokora et de Jenifer -, qu’ils en prennent de la graine. Oui, Jean-Marie Périer est devenu, à sa manière, l’un des grands témoins de la France moderne.

Jusqu’au 2 septembre 2017

Archives et Bibliothèque Départementales,
18-20, rue Mirès, 13003 Marseille.
Ouvert du lundi au samedi. Entrée gratuite.
_04 13 31 82 00. Ou sur : www.departement13.fr

1-Affiche2-Sylvie-Vartan-(C)-J.-M.-Périer

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