Le luxe dans l’antiquité au Musée de l’Arles Antique jusqu’au 21 janvier 2018

Divers  /   /  de Jacques Lucchesi

Dans l’acceptation courante du terme, le luxe passe pour être une émanation de la richesse. Cette définition n’est pas fausse : on n’est riche que si on peut en faire la démonstration, d’une manière dispendieuse, sans calcul ni retour. Mais il ne faudrait jamais oublier que le luxe peut, à l’extrême, être la négation de cette même richesse. C’est un mouvement de l’esprit qui hait la mesure et qui peut entraîner la ruine de ceux qu’il a ensorcelés. Son étymologie latine est d’ailleurs révélatrice : ce n’est pas de « lux » – la lumière – qu’il provient mais de « luxuria » – l’excès, l’avidité – et de « luxurio » – la croissance proliférante -. Ce désir-là est pourtant de toutes les époques. A ceci près que, par le passé, il était l’apanage des seules élites de la société. La nôtre, par son inflation de modèles médiatiques, l’a simplement transmis – pour leur malheur – aux classes populaires.

…ce n’est pas de « lux » – la lumière – que le mot “luxe” provient mais de « luxuria » – l’excès, l’avidité – et de « luxurio » – la croissance proliférante -.

Quoique, somme toute, assez sage, cette exposition qui pose un regard sur le luxe antique n’en est pas moins d’une grande qualité, tant par sa scénographie et sa documentation que par la beauté des pièces rassemblées. 147 d’entre elles  proviennent du département des Monnaies, Médailles et Antiques de la Bibliothèque Nationale. Suite à un accord passé avec le Getty Museum de Los Angeles, elles ont d’abord été présentées dans plusieurs musées américains avant d’arriver, cet été, dans la vieille cité rhodanienne. Dans la grande salle du rez-de-chaussée où elle est principalement concentrée, nous nous émerveillons devant le savoir-faire des anciens artisans, qu’ils frappent des pièces d’or à l’effigie – idéalisée – des empereurs romains ou qu’ils travaillent les chaînes, les colliers, les bracelets et les camées. Outre l’or, métal divin par excellence, y entraient aussi des pierres précieuses (comme l’émeraude) et des perles : car la joaillerie romaine mettait déjà à contribution tous les règnes de la nature. Leur immense talent s’exerçait aussi sur des plats, des patères et des vasques – certains pouvant peser jusqu’à dix kilos. Généralement en argent, ils s’ornaient de motifs mythologiques, comme Hercule étouffant le lion de Némée.

Un autre apport de cette exposition est constitué par des trésors, ensemble d’objets précieux, pour la plupart à caractère rituel, qui furent retrouvés dans différentes villes gallo-romaines. Le plus célèbre est ici le trésor de Berthouville qui échappa de peu à la refonte après qu’un paysan normand l’ait exhumé en 1830. Riche de 93 pièces, il était placé sous les auspices de Mercure – dieu très important dans le panthéon romain –  qui est d’ailleurs le sujet de plusieurs statuettes en argent.

On ne saurait négliger, dans cette visite, le fonds propre du musée ; en particulier les fresques et le décor de « la maison de la harpiste », résidence arlésienne du 1er siècle avant JC révélée par des fouilles récentes. De quoi rappeler l’unité esthétique du monde romain, de la Gaule Narbonnaise jusqu’en Campanie et en Afrique du nord.

Jusqu’au 21 janvier 2018. Musée Départemental de l’Arles Antique.
Tel : 04 13 31 51 03. Ou sur : www.arles-antique.cg13.fr.

 

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