L’amour dure trois ans

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Pour être honnête, on allait voir le premier film de Frédéric Beigbeder -adapté de son roman « L’amour dure trois ans » publié il y a maintenant dix ans- sans vraiment de conviction. A l’époque du livre, on avait aimé les formules et les bons mots de l’ancien publicitaire pour parler du sujet le plus éculé de la littérature : la relation amoureuse.  Pas de doute là-dessus, l’homme a conservé le talent pour parler de son époque et le recul suffisant pour s’amuser de ses propres travers. Ainsi, juste après le mariage vite expédié en divorce de Marc Maronnier (interprété par l’humoriste Gaspard Proust) et de la sublime Elisa Sednaoui, le jeune homme noie son chagrin tantôt dans du champagne qu’il sirote à même une Louboutin, tantôt en couchant sur le papier  son malheur d’amoureux plaqué dans un appartement aux volets fermés où on le retrouve barbe de trois jours semaines et lunettes de soleil sur le bout du nez. Le ridicule ne tue pas. Et le nœud coulant réalisé avec des cravates (Hermès, on suppose) non plus. Une tentative de suicide ratée plus tard, notre homme voit son manuscrit accepté et publié. Sauf qu’entre temps, Marc a convaincu sa nouvelle passion – l’éclatante Louise Bourgoin – de quitter son boring de mari tout en polos Lacoste (très juste Nicolas Bedos) de s’installer avec lui. Ils sont beaux, ils sont jeunes, ils sont heureux au point de courir au petit matin Porte Maillot juste pour voir s’il y a des lapins. Or, la nouvelle compagne pense le plus grand mal du livre qui s’affiche partout. Impossible donc d’avouer que sous le pseudo, la plume misogyne c’est lui. Inutile, le masque tombe de lui même avec la récompense du prix de Flore. Rebelote, re-valise, re-départ, re-dépression, re-retrouvailles. Bref, l’amour est un éternel recommencement et le film, à défaut de laisser une marque indélébile nous fait rire. Souvent. On pense notamment à cette scène où, quand l’auteur tourne un documentaire, on voit des intellectuels jouer le jeu. On pouffe en voyant Pascal Bruckner et Alain Finkielkraut côte à côte sur un canapé, se demander si « l’amour dure trois ans ». On s’amuse du personnage de la mère féministe jouée par Annie Duperey. On ne se lasse pas du côté poète maudit du personnage de Marc. Seul un bémol, le personnage de Beigbeder aurait mérité – bien que Gaspard Proust soit très bon – un interprète un peu plus charismatique pour ne pas dire un peu plus détestable. En effet, même si cette fois encore le réalisateur dandy a réussi son tour de passe-passe, on se dit à chaque fois qu’on aimerait ne pas l’aimer sans y parvenir et on se retrouve à avouer – sans ciller – que l’heure et demi passée avec ses trentenaires plus bourgeois que bohèmes était courte et qu’on en reprendrait bien un peu.

 

Texte _Lisa Vignoli

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