Camille Lacourt, l’accomplissement du destin

Célébrités  /   /  de Céline Bouchard

Après cinq titres mondiaux  remportés pour le 100 mètres ou 50 mètres dos et le 4 X 100 mètres /4 nages entre 2011 et 2017, le nageur Camille Lacourt quitte définitivement les bassins de compétition. Parce qu’il a rempli Marseille (et le reste de la France) de fierté, focus sur un homme d’exception.

ToutMa : Presque une décennie passée au Cercle des Nageurs de Marseille (CNM)… Si tu devais résumer en quelques mots, les temps forts de cette période, quels seraient-ils ?

Camille Lacourt : J’aime reprendre ce qui pourrait être notre devise, que je fais mienne pour l’occasion : « Sérieux sans se prendre au sérieux ». Le CNM m’a permis de conjuguer le plaisir et le ludisme tout en me hissant au plus haut niveau de ma pratique sportive. Quand j’ai décidé de m’engager au CNM, Paul Leccia, le président, m’avait dit que je trouverais plus qu’un club : une famille. Je crois que cela pourrait être la devise du Cercle, c’est-à-dire celle du FC Barcelone, mais avec la dimension humaine en plus.Comme dans toutes les familles, il y a des hauts et des bas, et on ne s’entend pas toujours avec tous les membres, mais à la fin de sa vie on s’aperçoit que c’est un pan essentiel. C’est la même chose dans ma carrière.

TM : Dans quel état te trouves-tu psychologiquement et physiquement après dix années intensives de compétition ? 

CL : Je me sens bien physiquement et je crois que le titre de champion du monde à Budapest en est la meilleure illustration. J’aspire par contre à la pratique d’autres sports que la natation. J’ai beaucoup joué au squash cette saison, et je suis attiré par le golf qui allie endurance et adresse, des notions nouvelles pour moi. Psychologiquement, je me sens gourmand de découvrir des environnements nouveaux que m’ont empêché les exigences horaires du sport de haut niveau. J’aime intervenir dans des séminaires en entreprise pour découvrir les réalités du monde du travail qui m’étaient étrangères jusque-là et faire des passerelles entre le sport et le monde économique. J’aime aussi m’occuper de mon restaurant-club « Le Fidèle » à Saint-Germain-des-Prés et me frotter aux contraintes commerciales de ce type d’activité qui représente un défi « sportif » journalier. Enfin, j’aspire à participer à des tournages en tant que « guest », à des émissions emblématiques et m’essayer à des activités auxquelles la notoriété permet d’accéder.

TM : Quand et comment as-tu pris la décision de mettre un terme à ta carrière de nageur ? N’est-il pas difficile de s’arrêter sur une victoire ?

CL : Il est plus facile de mettre un terme à sa carrière sur une victoire que sur une défaite, frustrante par définition. J’avais envisagé de terminer sur les J.O. de Rio mais après des discussions avec le staff, notamment avec Julien Jaquier mais aussi avec mon agent, Jean-François Salessy, j’ai été convaincu qu’il fallait effacer l’affront de Rio et ma sortie inopportune – mais que j’assume sur le fond – sur le dopage qui laissait penser que j’aurais pu être un mauvais perdant… J’étais loin de penser que je serais champion du monde du 50 mètres dos à Budapest mais j’avais la volonté de passer une année à essayer de transmettre des valeurs de plaisir aux jeunes nageurs qui m’observeraient. J’espère que la victoire des Championnats du Monde servira à montrer aux plus jeunes que la passion est indissociable du travail.  Sans cela, mieux vaut passer à autre chose.

TM : On se demande toujours ce qu’un sportif de haut niveau fait « après ». Quels sont tes projets professionnels immédiats ?

CL : Des séminaires, « Le Fidèle », la TV et peut-être le cinéma… mais aussi tout ce que je n’imagine pas encore. Je crois également qu’il va falloir que je réussisse à mettre tout ça en ordre car je vais passer d’une période de quasi mono-activité à une posture « gourmande » mais encore inconnue. On parle souvent de la dépression du jour d’après (la carrière) pour le sportif de haut niveau, faite du vide et du téléphone qui ne sonne plus mais je crois que je vais y échapper (rires).

TM : Penses-tu rester à Marseille pour y faire ta vie ? Quels sont les gens qui comptent pour toi ici ?

CL : Je n’imagine pas ma vie sans Marseille, cette ville qui m’a si bien accueilli et tant donné, mais ma vie familiale m’oblige à poser mes valises à Paris pour élever ma fille. C’est pour moi la priorité absolue. Mais j’ai quelques pied-à-terre à Marseille et je sais que je vais les utiliser abondamment. La chaleur de la ville et de ses habitants sont indispensables à mon équilibre. Je ne vais pas m’amuser à citer des noms, j’aurais trop peur d’en oublier. Mais comment oublier les patriarches du CNM, véritables gardiens du temple quand les plus jeunes sont plus ingrats, les liens indéfectibles avec mes coéquipiers dans une équipe qui a formé ce que certains ont appelé « un clan » et que nous revendiquons fièrement, la complicité avec d’autres nageurs « à la vie, à la mort », le travail invisible mais professionnel avec les gens de Pimiento Agency, les discussions avec les anciens, et puis aussi les moments de doute, de détresse face à la blessure, le manque de résultats immédiats, les traîtrises, les éloignements inhérents aux déplacements, les salissures des médias assoiffés de sensationnel… Mais tout cela est le propre du genre humain et je suis plutôt du style à ne retenir que le meilleur.

TM : Comment vois-tu l’avenir dans la peau d’un homme « ordinaire », sans tout ce remue-ménage autour de toi ?

CL : Ce sont les « autres » qui réfléchissent en ces termes. Qu’est-ce qu’une vie ordinaire ? La vie est extraordinaire en soi. Me lever à côté de ma fille est extraordinaire à mes yeux, et pourtant ordinaire aux yeux de la plupart. Je n’échangerais pas ce moment contre toutes les médailles.

 

Photos _Emmanuel BOURNOT

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