La belle rentrée de la Friche La Belle de Mai

Photo / Art  /   /  de Jacques Lucchesi

Si la vie culturelle s’assoupit durant l’été à Marseille, elle peut compter sur la Friche Belle de Mai pour la réveiller, le dernier week-end d’août. Dans ce lieu qui est devenu l’un de nos principaux centres d’art contemporain, le mot « rentrée » garde tout son sens. Et, cette année encore, avec Art-O-Rama et cinq expositions vernies en même temps, elle n’a pas dérogé à sa règle.

Avec pour modèle Art Dealers, la mini-foire d’art contemporain créée par le regretté Roger Pailhas, ce salon n’a depuis cessé de croître, débordé par son succès.Ainsi cette édition 2017 n’accueillait  pas moins de trente galeries, en provenance du monde entier (USA, Angleterre, Hollande, Pologne, Espagne, Portugal). C’est finalement une galerie roumaine, la Galerie Sabot et son projet « Unbuffering Room » de Stefano Calligaro, qui a reçu le Prix Roger Pailhas. Du côté français, on comptait six galeries parisiennes et une seule marseillaise (la Galerie Tchikebe). De quoi largement démontrer, malgré des différences sensibles, la vitalité de l’art contemporain en ce début du XXIème siècle. Même si l’on pouvait s’indigner de trouver, confinée tout au fond de la vaste salle de la Cartonnerie, une série picturale de toute beauté, le Rouge de Gérard Fromanger. Par ailleurs, ce parcours était parfois confus, avec des stands ouverts à la déambulation mais pas toujours bien délimités. Un problème qu’évitait l’espace plus concis du Showroom, consacré à quelques jeunes créateurs locaux (une mention pour les marbres impressionnés d’Alice Guittard et le module de vacances d’Eva Medin).

Quant aux cinq expositions satellites, dans la Salle des Machines et la Tour Panoramique, elles réservaient aussi quelques surprises appréciables. Passons assez vite sur L’arrière-pays devenu patrimoine, de Boris Sieverts et Erik Göngrich, proposition esthétiquement faible, malgré une intention critique intéressante vis-à-vis de l’espace public. Tout autre était l’exposition monographique de Claire Tabouret proposée par Astérides. Cette artiste encore jeune – 36 ans – possède déjà une grande maitrise, comme le montrent ici ses séries d’acryliques, petits et grands formats consacrés aux chercheurs d’or et aux migrants. Elle n’était malheureusement pas présente puisqu’elle vit à Los Angeles.

L’actualité locale et internationale inspirait aussi les vingt et un jeunes artistes qui exposaient dans le cadre d’Inventeurs d’aventures, proposée par les Ecoles du Sud. Mais entre le mur d’exemplaires compressés de l’Equipe conçu par Claire Camous et les belles photos de Samuel Gratacap (consacrées, là encore, aux migrants), le choix semblait joué d’avance. Le Prix des Ateliers de la Ville de Marseille était l’occasion de découvrir les travaux, parfois très aboutis, de jeunes artistes – moins de 35 ans – en  résidence dans les ateliers municipaux. Quant à Vincent Lamouroux, soutenu par la Fondation d’entreprise Ricard, il exposait en solo tout en haut de la tour et présentait son film New Runway.

D’autres expositions sont déjà à l’affiche – comme celle de Pole-Ka et Laure Holdein –  ou en préparation pour les semaines à venir, comme Empathie d’Harun Farocki et Prémonitions de la photographe Cécile Menedez. Non, la Friche Belle de Mai n’a pas fini de nous interpeller.

Tous renseignements sur : www.lafriche.org

 

Photo en Une _La Tour Panorama ©Caroline Dutrey

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