Le bel été de la Fondation Lambert

Photo / Art  /   /  de Emmanuelle Vigne

Dans ce haut lieu régional de l’art contemporain, c’est avec une quadruple exposition que l’on a décidé, cet été, de fêter son agrandissement.

 

Inaugurée en juillet 2000, à l’occasion d’Avignon ville européenne de la culture, la Fondation Lambert est devenue l’avant-poste, dans le sud, de la galerie parisienne Yvon Lambert. Comme on le sait sans doute, celui-ci s’est rapidement tourné vers des expressions artistiques contemporaines en provenance des USA, donc à rebours de l’art moderne qui se faisait en Europe jusque dans les années 60. Progressivement, sa fondation s’est enrichie d’œuvres liées au land art, à l’art minimal et conceptuel, au street  art et à la photographie. Située dans les anciens locaux de l’Hôtel de Caumont, elle est ainsi devenue un lieu d’art incontournable dans la vieille Cité des Papes. Et cet été, pour marquer son agrandissement, la Fondation a décidé de montrer non pas une mais quatre expositions simultanées.

Sur le versant photographique, ce sont les grands portraits ethniques de Leïla Alaoui qui ouvrent ce vaste parcours. Cette photographe marocaine a été tuée, en janvier 2016, dans un attentat à Ouagadougou (Burkina Faso) : elle avait à peine 34 ans. Il faut lire ici la belle présentation intitulée « je te pardonne » qu’a rédigée sa sœur Yasmina. Et voir l’édifiant diaporama sur des réfugiés africains que la photographe a réalisé comme un ultime témoignage.

De l’Afrique, il en est aussi question dans la collection d’Agnès B présentée par Eric Mézil. Car la désormais célèbre créatrice  de prêt-à-porter est aussi une collectionneuse passionnée, comme nous le découvrons à travers quelques 400 œuvres exposées pour la circonstance. Choix éclectique s’il en est : on passe d’artistes africains contemporains (Chéri Samba, John Goba) à des encres d’Andy Warhol, de vieux clichés de Brassaï à des acryliques sur papier avec bouses de vaches de Jivya Soma Mashe et Chano Devi. Autant de petits bonheurs visuels qui vous surprennent de salle en salle et qui justifient les innombrables pas effectués dans cette labyrinthique section.

La troisième étape prend l’allure d’un hommage au grand peintre allemand Anselm Kiefer. A l’occasion de son 40ème anniversaire, le Centre Georges Pompidou a prêté à la Fondation Lambert une série jusqu’ici peu montrée, La vie secrète des plantes. Celle-ci se présente comme une suite de dix très grandes toiles, de techniques mixtes faites avec des branchages, du plomb et du fil de fer. Elles marient de façon époustouflante nature et cartographie céleste. A côté de ce chef-d’œuvre, on peut voir d’autres travaux composites non moins intéressants de Kiefer, mais également ceux de trois autres artistes allemands ayant, eux aussi, exploré cette problématique écologique : Joseph Beuys, Wolfgang Laib et Lothar Baumgarten.

Le parcours se termine, à l’étage, avec la salle consacrée à Keith Haring (1958-1990). Ce peintre new-yorkais est considéré, avec Jean-Michel Basquiat, comme l’un des pères du street-art si en vogue aujourd’hui. Une toile de Keith Haring, c’est d’abord un art puissant du dessin ramené à sa structure essentielle. C’est aussi un dédale de formes et de couleurs exubérantes où il est toujours question de l’humain. L’artiste peignait à peu près sur tout ce qu’il avait sous la main, comme en témoignent ici un lit d’enfant et un blouson de cuir customisés par ses soins. Un art d’une rare vitalité, souvent imité jamais égalé.

On ne peut, pour finir, que signaler l’immense sculpture figurative – 5,40 m – d’Adel Abdessemed  qui s’élève dans la cour du musée. Son sujet : le coup de tête de Zidane à Materazzi lors de la finale de la Coupe du Monde de football en 2006. Quand on ose dire que l’art contemporain est obscur et ennuyeux…

jusqu’au 5 novembre, ouvert tous les jours _10 €

Fondation Lambert
5 rue Violette, Avignon _04 90 16 56 20
www.collectionlambert.fr

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