Dans l’atelier d’Annabel Chatterjee

Photo / Art  /   /  de Jacques Lucchesi

Rue Levat, dans le quartier de la Belle de Mai, entre la Friche et les Archives Municipales, se trouve un lieu assez unique : l’Oculus. Cet ancien couvent a été transformé, voici quelques années, en une ruche d‘artistes que gère l’association Juxtapoz. C’est dans cet oasis de verdure et de calme qu’Annabel Chatterjee, de retour d’Inde, a établi son atelier qu’elle partage avec son époux Sourav (lui-même peintre). Annabel ne peint pas, elle grave. A partir de plaques délicatement creusées et enduites d’encre, elle fait surgir ses propres images sur de vastes feuilles de papier artisanal. Cet art, qui fut longtemps lié à la composition d’illustrations de toutes sortes, elle l’a découvert lorsqu’elle était encore enfant, dans les Alpes. Depuis, elle n’a cessé de l’étudier et de parfaire ses différentes techniques. A présent, elle travaille surtout à la pointe sèche et à la taille douce, notamment avec cette vieille presse qui trône dans son atelier tout pavoisé d’œuvres récentes qui sèchent sur des cordes à linge. Faut-il dire qu’elle se passe volontiers d’encadrement ?

De ses années à Delhi, elle a ramené beaucoup d’impressions et de souvenirs qu’elle s’emploie à matérialiser. D’où ces images quasi abstraites de maisons et de vues urbaines, plans superposés en monochromie, même si le noir et blanc engendre sur la feuille quelques nuances de gris. Une autre de ses pistes de création est le chaos, sans doute pour l’ordre mystérieux qu’il recèle sous un désordre apparent. Qu’elles prennent l’allure d’étendues d’eau ou de montagnes, ses manifestations naturelles semblent en perpétuelle transformation, avec leurs replis écumeux et leur indécision formelle. L’ambigüité accompagne leur interprétation, ce qui est sans doute la marque d’un authentique travail d’artiste.

Mais pourquoi la gravure ? Pourquoi ce procédé de reproduction qui peut paraître parfaitement caduc à l’ère du numérique et de ses possibilités quasi infinies de recréation du réel ? C’est justement cette évolution technologique qui, selon elle, a libéré la gravure de ses applications premières ; tout comme la photographie a libéré la peinture des exigences de la représentation rigoureuse, lui laissant le champ libre pour d’autres expériences. Précisément, le projet d’Annabel Chatterjee est de confronter la gravure à la liberté de l’art contemporain. Est-elle en voie de réussir son pari ? Chacun pourra en juger à la galerie Potentielles où elle exposera huit œuvres récentes dans le cadre du POC, les 6, 7 et 8 octobre prochains.

Galerie Potentielles
128 bd de la Libération, Marseille 4ème.

Annabel et Sourav Chatterjee donnent également des cours de gravure et de peinture.
Contact au : 07 69 84 83 46. Ou à : annabelschatterjee@gmail.com

 

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