Les histoires d’eaux de Véronique Bigo au Musée Longchamp

Photo / Art  /   /  de Jacques Lucchesi

Designer et enseignante en arts visuels, Véronique Bigo est d’abord une artiste-peintre dont les œuvres font, depuis plusieurs décennies, les beaux jours des galeries et des musées, tant en France qu’à l’étranger. Travaillant à la frontière – souvent ténue – de la figuration et de l’abstraction, elle valorise la mise en scène de l’objet industriel, souvent lié à la mode et la cosmétique (sac à main, chaussures, rouge à lèvres), avec toutes les connotations sociales et intimes que ce choix implique. Si la toile de lin est son support de prédilection, l’acrylique est son médium. Du reste, elle a un rapport plutôt économe à la couleur qui vient surtout en contrepoint des contours noirs de son dessin. À travers la diversité de ses formats, on sent bien l’importance qu’a la géométrie dans son approche de l’espace pictural.

Au Palais Longchamp, dans l’exposition qu’elle a réalisée en partenariat avec les musées de Marseille, la thématique de l’eau tient une place manifeste. Pourtant, son vrai sujet est ailleurs, dans cet exercice de réécriture de la peinture classique qui est un peu sa signature. Moins sous l’aspect de la citation – ce truisme de la modernité – que par l’isolement et l’agrandissement d’un détail dans la toile étudiée. Cette recréation toute personnelle force ainsi le spectateur à regarder plus et mieux l’œuvre qui en est le point de départ. Prenons, par exemple, le tableau d’Ingres, Eliezer et Rebecca.  De cette scène biblique, c’est le vase que Véronique Bigo extrait pour en faire l’unique motif de sa toile. Ainsi s’établit un dialogue silencieux entre l’ancien et le moderne d’où l’humour n’est pas absent : comme lorsqu’elle accroche, au-dessus du Portrait de madame Pascal de Monticelli, la représentation d’un sac à main titré Le Sac de madame Monticelli. D’autres fois, le même thème prend la forme d’un véritable rébus. C’est le cas avec Le Sac de madame Courbet (inspiré par Le Cerf à l’eau de Courbet), avec son accumulation de formes (poignées, tube de rouge à lèvres, poisson, bois de cerf).

Le concept une fois compris, restent ces quelques dizaines de toiles disséminées sur les deux niveaux du musée, compositions un peu froides, d’une fausse simplicité, toujours en relation avec des tableaux qui les ont déterminées. Une façon élégante de dire que rien ne naît de rien et que tout art est redevable à l’art de ceux qui l’ont précédé.

Du 21 octobre au 11 février 2018.
Renseignements au 04 91 14 59 30 ou sur : www.marseille.fr/node/639

Photos _JC Lett

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