Alonzo, donner un sens à ses rêves

Célébrités  /   /  de Linda Mestaoui

Nous sommes en 2002 : « Braquage vocal à visage découvert », le rappeur Alonzo fait une entrée fracassante sur le morceau « Le Son des bandits » avec son groupe Psy4 de la Rime. 15 ans plus tard, il a sorti cinq albums solos, et les vues sur ses clips se comptent en dizaines de millions. Avec 100 %, son cinquième opus, sorti cet été, Alonzo nous livre un album intimiste. Rendez-vous à Paris, dans les bureaux d’Universal, pour parler de Marseille, de la famille, de la « street credibility », de l’enfance et du succès en 30 minutes chrono… avant de le retrouver au Dôme de Marseille, le 24 novembre prochain. 

À 100 %

Sur cet album, je me suis beaucoup plus livré. Sur la moitié des titres, je parle d’amour, de sentiments, de ma famille, de mon bien-être et de mon mal-être. Parler de moi, c’est aussi parler du quartier. Tu peux en sortir, mais il restera toujours en toi. Des morceaux « street », comme « Bagarre » ou « La Vaillance » c’est ce que j’aime faire, ce que j’ai toujours fait. J’ai connu le rap au début des années 1990 avec le groupe Kriss Kross. C’est eux qui nous ont fait rêver, avant IAM, NTM, etc. C’est comme ça que je suis rentré dans le rap. C’était le moyen le plus simple de faire de la musique, tu n’avais besoin que d’une feuille et d’un stylo. Après, comme d’autres, j’ai fait des bêtises, mais pas très graves. Je pense que le fait d’avoir été papa tôt et d’avoir signé avec Akhenaton m’a permis de trouver ma voie et de devenir plus responsable.

La famille

La famille fait partie de l’équilibre d’un homme. C’est elle qui t’aide à garder les pieds sur terre. Surtout dans ce métier car quand tu connais le succès à 18-20 ans tu peux très vite t’envoler. Dans l’intro je dis : « Derrière chaque grand homme se trouve une femme ». Moi, j’ai grandi sans papa alors ma mère ça a toujours été une personne très importante. J’essaie d’inculquer ça à mes enfants : aimer sa mère c’est essentiel. T’en prends encore plus conscience avec l’âge. 2017 a été une année très mouvementée, j’ai perdu des êtres chers et c’est dans ces moments-là que tu réalises, encore plus, l’importance de ton entourage. C’est ta vraie richesse, tout simplement. Ma mère c’est une femme pieuse. Son rêve à elle c’était de bien éduquer ses enfants.

Elle nous a élevés à Marseille. C’est la seule ville où le « vivre ensemble » existe vraiment. Je suis d’une génération qui l’a vécu au quotidien : ne pas fermer la porte à clé, demander du sel à une voisine arménienne, voir ma mère préparer un plat comorien pour une Espagnole, des voisins algériens qui parlent comorien et vice versa. Et je trouve ça magnifique. Cette ouverture aux autres c’est une richesse et un atout. Quand tu as grandi comme ça, tu t’adaptes à n’importe quelle situation. C’est un état d’esprit que j’ai rarement vu ailleurs, pourtant j’ai beaucoup voyagé grâce à ma musique.

C’est aussi une fierté d’être Marseillais. On est gâtés, nos HLM sont à 15 minutes de la mer ! Ici, même si on a évidemment des problèmes, comme dans les autres cités en France, on ne grandit pas pareil. Même si la ville a beaucoup changé dernièrement, qu’on parle architecture, nouveaux quartiers ou violence. Là où j’ai grandi et où ma mère habite toujours, dans les quartiers nord, on était 10 000 habitants mais j’ai l’impression que tout le monde se respectait. La violence a changé et ça commence à devenir très compliqué. Quand j’étais jeune on jouait aux billes, au foot… Là ça fait très longtemps que je n’ai plus vu de billes.

Inspiration

Je puise mon inspiration de mon univers, de mes mécontentements, des gens que j’ai perdus, de ceux que je gagne à rencontrer, de ce que j’ai vécu, de ce que je vis au quotidien, de mes enfants, bref de ce que ce qui se passe autour de nous. Ma musique reste un art et je ne suis pas politicien. Déjà qu’être père ce n’est pas simple ! Tenter d’inculquer des valeurs à tes enfants quand tu rentres chez toi et que la télé et internet leur en apprennent d’autres… Chacun a sa part de responsabilité, si tout le monde prenait le temps d’éduquer ses enfants, on vivrait sans doute dans un monde meilleur. Et c’est ça aussi qui est important dans le rap. Il y a beaucoup de paroles à prendre au second degré et il évolue en permanence, mais le rap reste une affaire de ressenti, c’est la musique du peuple.

Album 100 % dans les bacs
En concert le 24 novembre au Dôme de Marseille

Photos _Fifou

Alonzo©FIFOU COVER-100%

 

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