Mucem : la réouverture attendue de la salle de la Méditerranée

Photo / Art  /   /  de Jacques Lucchesi

Si l’Histoire n’était que la chronologie des grandes batailles et l’hagiographie de ses principaux acteurs, elle ne nous servirait pas à grand-chose pour comprendre notre présent. Mais elle est aussi, fort heureusement, cette discipline qui s’appuie sur d’autres sciences (géographie, économie, climatologie, entre autres) pour nous éclairer, non seulement sur le vécu de nos ancêtres, mais aussi sur l’évolution du monde qu’ils nous ont laissé en héritage. C’est la leçon principale de Fernand Braudel, le grand historien de la Méditerranée. Son ombre immense plane sur cette exposition qui inaugure la réouverture, au Mucem, de la salle de la Méditerranée. Quoique son intitulé, Connectivités, ne soit pas du meilleur effet (parce que trop lié, sémantiquement, à l’informatique), son propos et son parcours, sur 1150 m2, n’en sont pas moins extrêmement riches et soignés, comme tout ce qui se fait ici.

Le point de départ – ou d’arrivée, c’est selon – se situe au XVIème siècle, dans la lutte que se livraient, pour la domination de la Méditerranée, l’empire des Hasbourg et l’empire Ottoman. Ce moment coïncide avec la première vague de mondialisation des échanges et la progressive ouverture d’une mer jusque-là fermée sur ses principales cités. Il met en avant l’importance des alliances dans cette quête d’hégémonie durable. Où l’on verra que, pris entre ces deux rivaux colossaux, le royaume de France ne fera pas toujours le jeu du représentant de la chrétienté.

C’est ainsi que l’exposition en vient à dresser l’état des lieux de quatre cités méditerranéennes modernes. Deux mégapoles, Le Caire et Istanbul, et deux métropoles, Marseille et Casablanca. Les chiffres sont éloquents : quand Aix-Marseille totalise 1,8 million d’habitants sur 3148 km2 et que Casablanca en compte 4 millions répartis sur 1200 km2, Le Caire concentre 23 millions d’habitants sur 528 km2 et Istanbul 15 millions sur 5500 km2. Néanmoins, au-delà des différences démographiques et culturelles, les nombreuses photographies qui entrent dans cette section, mettent en lumière leurs ressemblances géographiques et urbaines.

Mais une exposition, même à caractère scientifique, ne peut faire l’économie de l’art. Et on n’apprécie que plus vivement, entre deux bornes pédagogiques, les tableaux, dessins et bijoux prêtés par divers musées européens, dont la Fondation Gulbenkian de Lisbonne et le Musée des Beaux Arts de Séville. D’autant que ces oeuvres nous parlent aussi d’histoire : comme la grande huile aux riches coloris du peintre belge Jean-Baptiste Huysman, représentant l’émissaire Ogien de Busbecq achetant à Constantinople l’étendard royal d’Espagne à des pirates turcs. Voilà de quoi mieux comprendre la complexité des relations internationales d’hier comme d’aujourd’hui. Cette exposition, placée sous la tutelle de l’historienne Myriame Morel-Deledalle, aura-t-elle le même succès de fréquentation – 1 750 000 visiteurs – que la première configuration ? Quoiqu’il en soit, vous avez plusieurs années devant vous pour découvrir cette magnifique galerie.

Salle de la Méditerranée, Mucem
J4, niveau RDC. De 9h à 18h, 7j/7. Réservations et renseignements au 04 84 35 13 13  ou à l’adresse email : reservation@mucem.org/mucem.org      

 

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