Fred Sathal, amazone d’un conte d’Edgar Poe

Célébrités  /   /  de Julie Mandruzzato

Elle joue de la harpe sur le jersey de ses robes, aiguillée dans son geste par le volume de ses coupes et son doigté incomparable pour l’ornementation. La mélodie qui se dégage de ses vêtements, c’est à l’âge de 19 ans qu’elle a commencé à la faire résonner. Fred Sathal, née à Marseille en 1966, n’est pas passée par le cursus habituel de l’école de couture. Son dé elle le lance d’abord aux côtés de Geneviève Sevin-Doering, à l’atelier de l’architecture du costume. « J’observais beaucoup. À l’époque, c’était ça l’apprentissage, observer », raconte Fred, qui durant ces trois années prêtera l’oreille aux remarques, découvrira un panel de techniques et poussera sa réflexion artistique. « Pour pallier ce manque d’école, je décidai ensuite de me mettre en quarantaine et de faire mon école toute seule ! J’ai passé deux années à faire des recherches sur la peinture, sur les points d’ornementation, enfin, à produire une idée. »

Alchimie parisienne

La jeune couturière s’installe à Paris au début des années 1990. Elle entre au Théâtre national de la Colline en tant que teinturière. C’est aussi le temps de la conception, de la recherche et des expérimentations. Fred déambule dans les rues parisiennes en portant les tenues qu’elle s’est créées. C’est à ce moment-là que la mode se retourne sur elle, comme on se retourne à la vue d’une belle femme. « C’était une époque très jubilatoire, on pouvait encore rentrer dans les magazines. Les journalistes cherchaient des sujets, j’ai commencé à apparaître sur le papier glacé de Elle, Depêche Mode, Glamour… ». Les rencontres positives s’enchaînent et, sans avoir encore monté sa maison, Fred décide de lancer sa première collection, en 1994 : « Ma collection s’appelait « Amazone urbaine », je faisais beaucoup d’équitation plus jeune. J’avais décidé de parler de mes premiers amours, le cheval, en y montrant une femme, une cavalière urbaine. » C’est le début d’une période faste pour la créatrice, une aventure à laquelle elle n’avait jamais songé : « S’affranchir de tout, n’avoir peur de rien ». De 1994 à 1999, elle réalisera deux collections par an, rentrant dans le calendrier de la Fédération française du prêt-à-porter. Son travail est instinctif, elle fringue un monde conceptuel, une mode qu’elle s’est inventée. Björk ou même Vanessa Paradis portent ses créations, c’est la consécration, jusqu’à la fin de la décennie.

Attention, délicat

Alors que la couture connaît une période de ralentissement, que la clientèle se raréfie, le nouveau président à la tête de la Fédération française de la couture, Didier Grumbach, souhaite redorer son blason. La haute-couture est devenue une voie de garage, elle manque d’originalité. Il propose à de jeunes créateurs du prêt-à-porter de la réinvestir. Fred Sathal accepte : « De 2000 à 2006, je jouais le jeu en lançant deux collections haute-couture par an. Ça a été une affaire trop lourde à porter, le plan financier n’était pas assez structuré, je n’avais pas assez pour investir. » La styliste se retire alors de l’univers de la mode pour redevenir une artiste, avant tout. En retournant à Marseille, elle réintroduit son travail textile dans le cadre de l’art contemporain et transmet sa passion aux étudiants qu’elle forme dans son atelier : « Voir des résultats au travers des gens que l’on reçoit et que l’on a appréciés, c’est très rafraîchissant, c’est encourageant. » Si la fermeture éclair de la haute-couture semblait s’être coincée, Fred finira pourtant par revenir avec une nouvelle collection en 2014, après huit ans d’absence. « Couleur lumière » signe son retour sur les podiums, une ligne ethnique qui se permet toutes les excentricités.

Rituel sathalique

Elle a récemment lancé sa dernière collection 2017/2018, « Festin solaire ». Appétit des yeux dont les cils courbés font une ombre d’or, les vêtements s’étiolent en dentelles et pleurent des perles de lames. Un univers mystique et suraigu qui nous rappelle les talents polymorphes de la couturière attachée aux matières nobles, avec une attention particulière pour les détails. « Mes pièces sont uniques, elles ne sont que des prototypes », déclare Fred, d’une voix vibrante de sincérité. Il n’y avait que la couturière pour donner à palper le mot « imaginaire ».

www.fredsathal.fr

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