Hafsia Herzi, dans les pas de Kechiche

Célébrités  /   /  de Céline Bouchard

En 2008, ToutMa présentait en couverture de son numéro 7, une jeune comédienne prometteuse, révélée au cinéma par Abdellatif Kechiche dans La Graine et le Mulet. Avec ce premier rôle, Hafsia Herzi remportait le César du meilleur espoir féminin ainsi que le prix de la meilleure jeune actrice à la Mostra de Venise la même année. Une consécration. Retrouvailles chaleureuses avec une actrice à la carrière internationale dont le cœur est resté à Marseille…

 

 

ToutMa : Depuis La Graine et le Mulet, tu n’as jamais cessé de tourner. Parfois même jusqu’à cinq films par an. Quels sont ceux qui ont le plus marqué tes dix ans de carrière ?

Hafsia Herzi : Ce premier film a été le plus important pour moi car il a été présenté internationalement et, grâce à cela, j’ai pu tourner dans de nombreux films à l’étranger, avec des réalisateurs palestiniens*, allemands* et même américains. J’ai ainsi découvert d’autres méthodes de travail et c’était super formateur. Récemment j’ai tourné aux États-Unis, avec Marc Jackson, un metteur en scène avec qui j’avais déjà travaillé en 2014, toujours grâce à La Graine et le Mulet. Il s’agit donc d’un deuxième long-métrage avec lui, plutôt dans le registre du cinéma indépendant. Grâce à lui, j’ai pu également rencontrer Reed Morano, autrefois sa chef opératrice et qui est devenue entre-temps une jeune réalisatrice de talent récompensée aux Emmy Awards en 2017, pour The Handmaid’s Tale, une série TV qui cartonne aux U.S. Je vais tourner sous sa direction dans son premier film, avec Blake Lively et Jude Law… cherchez l’intrus ! (rires)

TM : Carrément ! On est très impressionné. Et l’anglais, comment ça se passe ? Vas-tu jouer directement avec ces deux stars ?

HH : J’avais déjà travaillé en anglais il y a 5 ans, et je me suis perfectionnée depuis… Entre deux scènes, je m’entraîne. On commence le tournage en mars. Là, il s’agit d’un film à gros budget. On entre dans une autre catégorie. Et oui, je joue avec chacun d’eux (sourire). J’ai un joli petit rôle…

TM : Comment est perçu Abdellatif Kechiche en tant que réalisateur français dans le cinéma américain ? Ses films sont tout de même assez intimistes et confidentiels…

HH : Il est très respecté car le cinéma indépendant est très apprécié outre-Atlantique et c’est un grand réalisateur. La Graine et le Mulet a connu un vrai succès là-bas. Ce genre de cinéma existe et vit assez bien grâce à des festivals comme Sundance. D’ailleurs, mon premier film avec Marc Jackson y a été présenté. Le second est en montage et n’a pas encore de titre. Peut-être ira-t-il à Cannes cette année ! Il s’agit de son troisième film et c’est aussi un homme de talent.

TM : À travers quelques choix cinématographiques osés (L’Apollonide en 2011 et Sex Doll en 2016), on a le sentiment que tu aimes les rôles plutôt sulfureux, assez difficiles. Es-tu d’accord ?

HH : C’est vrai que je ne suis pas allée vers la facilité. Je n’ai jamais réfléchi en termes d’argent, même si on en a tous besoin pour vivre. Ma motivation était dans le dépassement de soi. J’ai voulu des rôles forts, des personnages qui me touchaient. Par exemple, en 2009, j’ai joué dans Le Roi de l’évasion d’Alain Guiraudie, une histoire d’amour improbable entre un quadragénaire homosexuel et une adolescente (moi) avec des scènes plutôt intenses. Il marque une vraie étape dans ma vie d’actrice. Il est synonyme de liberté, d’amour et de tolérance. J’aime les films qui portent un message.

 

 

TM : Aujourd’hui tu présentes L’Amour des hommes (sortie le 28 février), film franco-tunisien que tu portes avec talent. Quel est le message de Medhi Ben Attia selon toi ?

HH : Il a voulu montrer que les femmes avaient aussi du désir pour les hommes, montrer que l’emprise était réciproque. Évoquer en plus la question de la liberté des corps à travers le nu photographié dans une société tunisienne en évolution. Mon personnage est une jeune femme photographe, veuve de surcroît, ce qui ne facilite pas ses démarches artistiques, en quête de modèles masculins dénudés. Elle est chaperonnée par le père de son mari décédé, avec lequel la relation est forcément ambiguë…

TM : Cette année, tu es aussi à l’affiche de Fleuve noir d’Érick Zonca, (sortie pas encore annoncée) le casting est impressionnant. Quel sera ton rôle ?

HH : Je joue un lieutenant de police, rôle pour lequel j’ai effectué un vrai stage au sein d’une brigade à Paris.
C’est un polar dans lequel je donne la réplique à Vincent Cassel. Il y a aussi Sandrine Kiberlain et Romain Duris qui jouent dans ce film. C’est vraiment une grosse équipe. Chacun a sa doublure, sa loge. Même moi j’avais ma loge ! D’ailleurs je n’y allais pas, je ne suis pas habituée. Ça change tellement des films d’auteur (rires).

TM : On a le sentiment que tu choisis tes réalisateurs autant que tes rôles…

HH : Oui, c’est vrai, mais j’aime bien les premiers films aussi. Il faut savoir faire confiance. Récemment j’ai tourné un court métrage avec un jeune réalisateur qui s’appelle Sébastien Bailly. Il en a réalisé trois en tout qu’il regroupe dans un même film intitulé Féminin plurielles qui doit sortir au cinéma le 7 mars prochain.

TM : Quelles sont tes attaches avec Marseille désormais ?

Ma motivation était dans le dépassement de soi.
J’ai voulu des rôles forts, des personnages qui me touchaient.

HH : C’est mon port d’attache ! Et puis tu sais que je m’essaie à la réalisation ? Je viens de terminer la première partie d’un long-métrage que j’ai tourné dans les quartiers nord, avec des acteurs marseillais, tous inconnus. C’est un scénario que j’écris depuis près de dix ans, l’histoire d’une mère de famille seule, femme de ménage dans les avions, qui a trois enfants dont le fils aîné en prison. On voit sa bagarre au quotidien en attendant le procès de son fils. Je tente évidemment de rester loin des clichés mais je traite tout de même d’une réalité sociale. Le film sera entièrement tourné à Marseille, en partie dans le quartier où je suis née, aux Oliviers. La Ville de Marseille nous a aidés, la région PACA aussi. Arte et le CNC ont également contribué au financement du film. Et puis les gens à Marseille sont d’une générosité incroyable. On avait besoin d’un décor hospitalier mais qui coûtait trop cher. On est allés voir quelques établissements dont la clinique Chanteclerc qui nous a carrément prêté le lieu pour réaliser nos scènes. Le personnel hospitalier a assuré la figuration gratuitement. À Paris, on nous aurait carrément claqué la porte au nez (rires). Et j’ai plein d’autres exemples comme celui-là !

TM : Et c’est un film qui sortira en salle ?

HH : Oui, dès qu’il sera terminé. C’est un film qui a été acheté par Arte et le CNC, il aura un distributeur ! J’ai encore pas mal de scènes à tourner dans différents quartiers de la ville. J’en ai assuré l’écriture, la réalisation et peut-être même la production. Ma société Les Films de la Bonne Mère est en cours de constitution. J’aimerais plus tard soutenir les talents émergents du cinéma avec le soutien intellectuel et logistique d’Abdellatif Kechiche, dont je suis restée très proche.

NDLR * Héritage de Hiam Abbass en 2011
* La Source des femmes de Radu Mihaileanu en 2011
* Exit Marrakech de Caroline Link en 2013

 

PHOTOS _Guillaume Thomas
DIRECTION ARTISTIQUE _Djanis Bouzyani 
MAQUILLAGE / COIFFURE _Sandrine Wolfer
STYLISME _Ba&sh

 

Vous aimerez aussi

Angelin Preljocaj a laissé l’actrice prendre possession du Pavillon Noir le temps du tournage de...

C’est avec exaltation que Guillaume Gallienne se replonge dans les souvenirs du tournage de Cézanne...

  La belle Alexandra Lamy s’est prêtée – avec la sympathie et la gaieté qui la caractérisent –...