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Intersum le 28 février au CDCN d’Avignon

Théatre / Danse  /   /  de Caroline Bouteillé

 

Si on vous dit que la danse contemporaine c’est comme le tri sélectif, tout le monde dit que c’est bien, mais personne n’y adhère tout-à-fait (tout en confessant doucement, avec un peu de honte, ne pas y comprendre grand-chose), alors on aura à peu près résumé l’opinion moyenne des Français sur cet art pourtant très… français ! Mais on aurait bien tort de camper sur nos a priori parce que la danse, après tout, c’est encore l’art à l’expression la plus intuitive, la plus immédiate qui soit : le langage du corps, celui qui vient avant les mots et qu’on comprend sans vraiment y réfléchir. À l’occasion de la création de son spectacle, Intersum, dans le cadre du festival des Hivernales, le chorégraphe canadien Liam Warren, installé à Marseille depuis 2017, balaye d’un doux revers de la main nos dernières timidités et nous décrypte sa démarche avec une simplicité prophétique.

 

ToutMa : Le titre de votre spectacle est en latin, pouvez-vous nous en expliquer le sens ?

Liam Warren : Intersum signifie « être entre », « être dans l’intervalle » ou « être parmi ». Pour moi ce titre explique le moment d’hésitation que nous pouvons tous avoir devant l’inconnu. Il s’agit d’un instant de délibération où le corps est mis en alerte, disponible pour l’action à venir. Ce spectacle explore comment l’hésitation peut affecter le corps à l’aube du mouvement, de la volonté à la nécessité, de la décision au renoncement.

 

TM : Votre chorégraphie, qui s’intéresse à la traduction corporelle du doute, de l’incertitude, parle de la condition humaine, est-ce que vous iriez jusqu’à parler de danse philosophique ?

LW : Je préfère parler d’expérience au sens philosophique du terme. Le corps nous trahit dans nos moments de doutes et d’incertitudes, je souhaitais mettre à l’épreuve de la danse ces réactions que nous vivons tous. Avec Intersum je questionne la condition humaine et ces réactions face à l’inconnu.

 

TM : Quelles sont vos inspirations, dans quel héritage chorégraphique vous situez-vous ?

LW : Mes inspirations sont multiples mais viennent avant tout de la réunion d’une équipe. Dès le départ la thématique que je souhaitais aborder était très claire, mais l’inspiration est venue de la rencontre des différents artistes associés au projet. Étant tous d’héritages différents, il était important pour moi de mêler les cultures de chacun, sans jugement de valeur, pour s’en inspirer librement. Les trois danseurs d’Intersum* ont des parcours chorégraphiques différents (Canada, France, Thaïlande) et j’ai pris beaucoup de plaisir à mêler la gestuelle de chacun pour révéler un héritage commun.

 

TM : Avez-vous mis en place des dispositifs scéniques particuliers pour ce spectacle ?

LW : Oui ! En réalité, Intersum est un quatuor ! Les trois danseurs sont accompagnés d’un grand escalier métallique amovible. Cet escalier évolue dans le cube noir de la scène et suit les danseurs dans leurs aventures, tantôt il devient un obstacle, tantôt une rampe de lancement. Un dispositif minimal, sublimé par un magnifique jeu de lumière, en perpétuelle mutation.

 

TM : Que diriez-vous pour inciter le grand public, facilement intimidé par la danse contemporaine, à venir découvrir votre travail ?

LW : Je les comprends, moi aussi. Ce qui réunit n’importe quel public devant un spectacle de danse contemporaine c’est l’identification au corps et son rapport au monde. Cette création vient d’une curiosité qui est mis en scène comme une expérience testant différentes hypothèses. J’invite donc le spectateur à adopter la posture d’un scientifique empathique dont l’objet d’étude se découvre sous ses yeux. Si j’arrive à communiquer cette curiosité-là au le grand public, j’en serai très heureux !

* Distribution : Jackson Carroll, Anna Chirescu, Patscharaporn Distakul

Intersum le 28 février à 18h
CDCN d’Avignon, 18 rue Guillaume Puy, Avignon
Billetterie (de 8 à 23 €) : http://www.forumsirius.fr/orion/hivernales.phtml?seance=1577

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