Marseille, des calanques à l’Estaque

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L’été est déjà sur la ville. Les terrasses se remplissent, les lumières estivales éclaboussent les façades… et les Marseillais investissent les plages. L’occasion pour ToutMa de revenir sur l’histoire du front de mer, naguère désuet et peu aménagé, mais qui, aujourd’hui, constitue la vitrine de Marseille sur le monde méditerranéen et tisse le lien social des Marseillais et des visiteurs.

De la fin du XIXe siècle, avec la construction de la Corniche, aux années 2000, avec la mise en place du projet Euroméditerranée, c’est tout un pan de l’histoire de notre ville qui s’est cristallisé autour de sa façade maritime. Guidées par la volonté de donner à Marseille et aux Marseillais un front de mer digne de ce nom, les politiques d’aménagement et d’urbanisme des municipalités qui se sont succédé ont eu à cœur de saisir l’opportunité qui leur était donnée par le déplacement du Port de Marseille, vers l’ouest de la ville, pour redessiner les contours de la côte en faisant de cette dernière un espace public dédié au vivre-ensemble, à l’attractivité économique et touristique incontestable (voir l’article sur les ports dans la rubrique « Histoire » sur www.toutma.fr).

Les Calanques : le patrimoine naturel de Marseille

Il n’y a sans doute pas, dans le monde, d’autre exemple où, si près d’une grande ville, soit conservé un espace sauvage et d’une grande beauté, comme c’est le cas pour le massif des Calanques. « Cela tient du miracle ! », disait Gaston Rébuffat. Si elles ne datent pas d’hier, les calanques sont demeurées, à travers les siècles, l’une des attractions principales de Marseille : on y pratique l’escalade (qui n’a jamais atteint le sommet de « l’œil de verre » n’est pas marseillais !), la randonnée, le tourisme culturel avec la grotte Cosquer, et les ballades en bateau. Avec la révolution des technologies de l’information et du tourisme, l’on vient désormais du monde entier pour les visiter. Cet afflux de visiteurs a encouragé les pouvoirs publics à prendre une mesure emblématique pour concilier tourisme, mise en valeur des calanques, et protection de la biodiversité qu’elles hébergent. Ainsi, en 2012, fut créé le parc national des Calanques. Il fait partie des dix parcs nationaux que compte la France et constitue le premier parc national périurbain d’Europe à la fois terrestre et marin. Véritable projet de territoire, il est chapeauté par l’établissement public du Parc national des Calanques dont les missions sont d’assurer sa gestion en conciliant protection environnementale, respect du caractère du site et accueil de tous les publics, tout en concourant à son rayonnement dans une logique de développement durable. L’atteinte de ces objectifs repose avant tout sur des mesures de gestion comme l’aménagement, l’entretien des milieux, une réglementation spéciale qui encadre les usages ou encore la sensibilisation des visiteurs.

Les plages du Prado et de l’Escale Borély : le rendez-vous des Marseillais 

Aujourd’hui très fréquentées, été comme hiver, les plages du Prado et de l’Escale Borély n’ont pourtant pas toujours eu l’apparence qu’on leur connaît, et pour cause : ces plages, loin de constituer le jeu de la nature, sont nées de la main de l’Homme. Jusqu’aux années 1960, leur apparence négligée les rendait hostiles et ce front de mer n’était fréquenté que par les plus irréductibles autochtones ou les habitants du quartier. Il faut dire qu’à cette époque, ces plages ne donnaient guère envie de se baigner. D’une part, le banc de sable, bordé par la route juste au-dessus, s’étalait sur seulement 5 à 10 mètres de large. D’autre part, l’eau y était très polluée car l’Huveaune, fleuve qui traverse Marseille et qui se jette dans la Méditerranée au niveau du Prado, était devenu un égout à ciel ouvert. C’est à Gaston Defferre, emblématique maire de Marseille, que l’on doit, dès 1965, la mise en place d’une politique de réaménagement des berges de la mer : d’abord en agrandissant la petite bande de sable (200 mètres de large) existante en terre-plein entre le Roucas Blanc et David, ensuite en faisant de cette zone un espace public et protégé à destination des Marseillais, interdit à la construction. Les terrains situés de l’autre côté de l’actuelle promenade Georges-Pompidou ont été achetés et les maisons qui s’y trouvaient ont été démolies afin de construire de nouvelles habitations, des restaurants et des boutiques. Dans les années 1980, l’extension de l’aménagement des berges se poursuivit de David à la Vieille-Chapelle. Aujourd’hui, il est question de relier la promenade piétonne qui longe l’Huveaune de Mazargues au parc Borely, et in fine jusqu’à la mer, à un parcours pédestre qui ira jusqu’à la Capelette. 

La Corniche Kennedy : la vitrine de la ville

Elle est la « Promenade des Anglais » des Marseillais, et pour cause. Véritable serpent de mer, reliant le Prado au Vieux-Port, en passant par les quartiers emblématiques du Vallon-des-Auffes, d’Endoume, du Roucas Blanc, des Catalans, et du Pharo, la « Corniche », comme l’appellent les Marseillais, est devenue un emblème de la bordure maritime de la ville avec ses hôtels, ses restaurants, ses logements chics, ses joggeurs et sa vue imprenable à 180 degrés sur la rade de Marseille. Longue de cinq kilomètres, elle n’était autrefois qu’un simple chemin de terre qui n’avait rien de la superbe qu’on lui connaît aujourd’hui. Elle fut édifiée en deux phases : d’abord de 1848 à 1851 entre le rond-point du David et l’anse de la Fausse Monnaie puis, de 1861 à 1863, entre l’anse de la Fausse Monnaie et les Catalans, rendant alors nécessaire la construction des viaducs de la Fausse Monnaie et du Vallon-des-Auffes. Pour cela, les propriétaires de l’époque, qui possédaient de luxueuses villas, à l’image de la Villa Valmer qui trône encore fièrement au-dessus des flots, (et dont certains disent qu’elle sera bientôt transformée en hôtel de luxe) furent expropriés. Les rochers hostiles et escarpés furent alors remplacés par la belle promenade que l’on connaît aujourd’hui, qui permettait en outre de rejoindre plus facilement la mer depuis le centre-ville. Promenade de tous les records, la Corniche détient celui du banc le plus long du monde (près de trois kilomètres, réalisé entre 1957 et 1959). Elle constitue, enfin, le point zéro de l’altitude en France, depuis l’installation du fameux marégraphe au numéro 174. 

L’Estaque : l’âme villageoise de Marseille 

Niché entre la colline de la Nerthe et la mer, l’Estaque, véritable quartier-village, a conservé, au fil des ans, ses spécificités presque insulaires, dans une ville qui n’en finit pas de s’étendre et de se moderniser. Village formé par l’Estaque-Ville et l’Estaque-Plage, il se compose de vieilles ruelles, où le temps s’écoule lentement depuis la nuit des temps, de plages et de terrasses ensoleillées. Peuplé par à peine plus de 6 000 âmes (il n’en comptait que 300 au début du XIXe siècle), ce quartier-village tire ses caractéristiques insulaires d’un relatif isolement du centre-ville, jusqu’à l’arrivée du tramway à vapeur en 1889 et de la route en 1900. Ce raccordement suivait une volonté pragmatique des pouvoirs publics qui désiraient accompagner son essor économique et industriel : Ciments Lafarge, Société des produits chimiques de Marseille-l’Estaque, Société des minerais…,  autant de compagnies issues de la deuxième Révolution industrielle. Aujourd’hui devenu un territoire dynamique, sous l’effet de l’établissement d’une ZAC (zone d’aménagement concerté) à Saumaty-Séon, l’Estaque n’a pas pour autant perdu son charme et son côté hors du temps, en restant une destination prisée des Marseillais pour le week-end. 

La Joliette : l’avenir de Marseille 

Comment ne pas évoquer, pour finir, la révolution urbaine qui a transformé l’espace côtier situé entre le Vieux-Port et les quais d’Arenc et du Lazaret ? Avec la création de l’établissement public Euroméditerranée en 1995, sous l’impulsion de la municipalité Gaudin et en partenariat avec l’État, la Joliette est devenue, plus de vingt ans plus tard, le symbole de l’ouverture économique et touristique d’un Marseille qui entend assumer son rôle de « capitale de la Méditerranée », après avoir été, longtemps, « la porte de l’Orient ». La réhabilitation des Docks (qui accueillent boutiques, restaurants, entreprises), du quartier Arenc-Joliette, la construction du Mucem et des Terrasses du Port, la rénovation de l’esplanade du J4 et de la Major sont autant de réalisations qui concourent à faire de ce quartier l’un des plus dynamique de Marseille, symbole d’une ville qui regarde enfin son destin droit dans les yeux : la Méditerranée.

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