Philippe Écharoux, le street art humaniste

Célébrités  /   /  de Linda Mestaoui

 

Marseille est son laboratoire créatif, son terrain de jeu, sa base. C’est ici que Philippe écharoux est né, qu’il a grandi, qu’il s’est construit, qu’il a relevé ses premiers défis. C’est à Marseille encore qu’il a décidé d’écouter son cœur et de donner une chance à la photographie. Puis lui est venue l’idée ingénieuse d’appréhender le street art sous un angle nouveau : en projetant des messages humanistes, engagés et poétiques dans le monde entier. Notre préféré ? « Est-ce que l’enfant que tu étais serait fier de l’adulte que tu es devenu ? » Entretien. 

 

ToutMa : Peux-tu te présenter, en quelques lignes ?

Philippe écharoux : Je suis né à Marseille en 1983. J’ai grandi dans le quartier de la Croix-Rouge, dans le 13e arrondissement. J’ai commencé à sortir des sentiers battus grâce à l’escalade. Ce sport m’a beaucoup aidé à me construire et m’a énormément sensibilisé au respect de l’environnement. J’ai ensuite fait partie des premiers kitesurfeurs de la ville. À l’époque ce sport en était encore à ses balbutiements et il fallait être un peu inconscient, faire preuve d’improvisation, pour pouvoir le pratiquer. J’ai, là aussi, beaucoup appris et toutes ces expériences et chemins de traverse m’ont aidé à construire ma carrière artistique. Je suis quelqu’un de curieux et j’ai vraiment commencé la photographie, complètement par hasard, l’année où j’ai débuté ma formation de travailleur social. Je suis allé au bout de ma formation d’éducateur spécialisé tout en me passionnant pour la photo. Et j’ai finalement opté pour cette dernière. Aujourd’hui je suis un photographe portraitiste et street artiste. Quand je regarde en arrière je me rends compte que ce n’est pas par hasard si je fais du portrait et de l’art dans les rues ou la nature. 

TM : Tu es très attaché à Marseille, qu’est-ce qui te plaît dans cette ville ? Cela reste ton point d’ancrage malgré tes nombreux voyages à travers le monde.

PE : Marseille c’est chez moi, j’ai grandi ici et je tiens à ce que notre ville reste ma base. Elle a toujours été un laboratoire pour moi, aussi bien à l’époque des sports extrêmes pratiqués en pleine nature qu’à l’époque de mes expérimentations artistiques. Marseille est un melting pot, un brassage de communautés et, quand tu grandis ici, ça te rend ouvert d’esprit. Ici tu n’as pas peur de l’autre. Cette ambiance, le caractère si particulier de notre ville contribuent forcément à la création de la carrière d’un artiste. Je suis aujourd’hui un des ambassadeurs de la ville et c’est ma plus grande fierté !
Mon credo c’est d’inspirer les gens à se lancer dans ce qu’ils aiment vraiment, de se libérer des obligations qu’ils se créent. Si je peux inspirer des minots, pour moi, c’est gagné !

TM : Ta dernière intervention artistique à New York (projections lumineuses des visages de New-Yorkais sur les arbres de Central Park) s’inscrit dans la continuité même de ta démarche de sensibilisation à la cause environnementale en Amazonie, n’est-ce pas ?

PE : Il y avait deux objectifs principaux dans mon projet new-yorkais. Le premier était de mettre en avant un contraste après le projet amazonien. À New York, ce n’est pas la nature qui entoure les gens, ce sont les gens qui essaient d’entourer la nature. La nature à Central Park est bien définie dans un rectangle, alors j’ai pensé que c’était un bon endroit pour éclairer cette réflexion. Qui entoure qui ? Vous avez déjà la réponse, non ?  Alors que parfois nous avons l’illusion que c’est nous qui dominons la nature. La deuxième raison était plus basique. J’aime le défi et j’aime réaliser des projets qui n’ont pas été faits auparavant. Créer quelque chose d’inédit à New York était un défi auquel je voulais faire face !

TM : Parle-nous des installations spécifiques que tu as faites à Marseille depuis le début de ta carrière, c’est là qu’est né le « street art 2.0 » ?

PE : J’ai lancé cette forme d’art urbain que la presse a nommée « street art 2.0 » en 2014, en faisant réapparaître (projection lumineuse via un rétroprojecteur) le portrait de notre Zizou national sur son mur de la Corniche Kennedy. Ce lancement a été vu dans plus de 57 pays, je n’en reviens toujours pas. J’ai fait énormément d’expérimentations dans différents lieux de la ville. En 2016, j’ai eu la chance de pouvoir faire une exposition d’une semaine avec le Vieux-Port tout entier comme galerie, c’était un vrai rêve !

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