Ouverture du Centre photographique Marseille, le 23 novembre

Photo / Art  /   /  de Caroline Bouteillé

À votre avis, combien de temps pour un instantané ? Oh, eh bien une seconde, « clic, clac, merci Kodak ! »… Sauf que… pas tout à fait. Alors certes, les fabricants d’appareil photo et la publicité ont beaucoup fait pour la démocratisation du 8e art, mais au risque, parfois, de nous amener à penser qu’à peine une technique, la photographie était surtout un jeu d’enfant. Clic, clac, l’affaire est dans le sac ! Et que dire des smartphones qui nous rendent tous un peu « Monsieur Jourdain de l’image » ? Serait-on tous photographes sans le savoir ?

« Everyone is a photographer », c’est justement le slogan provocateur que revendique le Centre photographique Marseille, qui a ouvert ses portes le 23 novembre. Snapshot architectural, l’espace a émergé et commencé à prendre vie ces derniers jours, au cœur de la Joliette. Mais derrière ce surgissement, il faut voir le résultat d’un travail de longue haleine, mené par l’association des Ateliers de l’image qui œuvre depuis plus de vingt ans à la promotion de la photographie (et des photographes) dans la cité phocéenne. Privée un temps d’espace d’exposition, c’est une nouvelle mue qu’elle opère en investissant l’édifice, à la fois spacieux et intimiste, qui lui permettra de continuer dans les meilleures conditions possibles son travail d’exposition et d’éducation à l’image. Parce qu’évidemment, la technique photographique s’est simplifiée à l’usage (comme tout ce qui a été gagné par le numérique), mais pour autant, un regard d’artiste, ça s’éduque, ça se travaille, si bien que derrière un instantané, le temps de pose est dérisoire, mais le temps d’élaboration demeure conséquent. Et de la même façon qu’il y a un monde entre déchiffrer des syllabes sur une boîte de cornflakes (ah, les petits déjeuners de notre enfance…) et compulser La Recherche du temps perdu, lire une image, ça s’apprend ! Entre voir et regarder, il y a un espace qui mêle à l’envi conscience et sensibilité, spontanéité et système de références.

À ce titre, le Centre photographique Marseille va plus loin qu’un musée. Non content de présenter au public des expositions remarquables (essentiellement consacrées à la photographie contemporaine), il se définit comme un lieu de vie dynamique où ateliers, conférences et autres actions de médiation culturelle (qui s’étofferont dès 2019) auront leur place aux côtés d’expositions programmées très en amont de leur vernissage, mais aussi d’accrochages plus spontanés, définis au gré des opportunités artistiques qui se présenteront à lui. Comme un photographe de rue, le centre sera donc prêt… à se laisser surprendre, avec un sens du saisissement sur lequel on n’a aucun doute. Comme une façon de nous rappeler que la photographie reste un art de la maîtrise du temps.

Et justement, l’ouverture s’accompagne d’une exposition consacrée à l’œuvre de Monique Deregibus, photographe marseillaise, qui a choisi de présenter pour l’occasion son travail sur le Nouveau-Mexique : soit dix ans de prise de vues des mêmes sites du bassin de Galisteo (près de Santa Fé), marqués par des variations minimales, et dérangées, interrogées dans leur tranquillité désertique, par l’apposition de photographies prises par l’artiste en d’autres temps et d’autres lieux. Le spectateur s’interroge, cherche des liens, devine des fractures, remonte le temps, le dilate sur la surface de sa pupille, archéologue photographique d’un jour… Alors oui, peut-être, quand on nous pousse à jouer ainsi avec le temps, on est tous un peu photographes !

Exposition de Monique Deregibus jusqu’au 27 janvier 2019.
En parallèle de l’exposition deux films seront présentés au centre : La Possibilité d’un rêve, des hommes en trop, une île, de Philippe Terrier-Hermann et Stand-by Office de Randa Maroufi.

Centre photographique de Marseille, 74 rue de la Joliette, Marseille 2e
http://www.centrephotomarseille.fr

 

Photos _Vues du centre photographique (entête et galerie) : conception architecturale, Myriam Burnaz ; modélisation 3D et rendu image, Louis Rampal

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