Christophe Battifero et le pêcheur de Cassis

Talents d’ici  /   /  de Olivier Emran

Un œil pour voir le monde, l’autre pour le photographier. Voilà le bon dosage. Celui qu’applique tous les jours Christophe Battifero aux sujets qui croisent son objectif.

Ce Cassidain de naissance est né avec un appareil photo dans le landau. Tout petit, il se levait très tôt et partait, direction le port de Cassis, pour faire des « pauses longues » de nuit. À l’époque, tout se faisait encore en argentique, alors Christophe devait attendre le développement pour voir les résultats de son travail. « Il y a eu pas mal de ratés », avoue-t-il. Mais il faisait ses gammes. Que ferait-il plus tard avec tout cela ? Lui-même ne le savait pas vraiment. Mais peut-être rêvait-il de devenir photographe un jour, quand il serait plus grand.

Une vie plus tard, Christophe oublie la photo, fait plusieurs boulots dans l’imprimerie, dans les cartes à puces puis dans la maintenance informatique… Plus de place pour les pauses. Longues, encore moins.

Et c’est un lourd accident de la route en moto qui le remet sur le chemin de la photo. Moto, photo. Clic ! clac ! La vie aime bien les clins d’œil et les signes en tout genre. Alors Christophe se remet doucement à l’appareil. Entretemps, le numérique est passé par là. Il recommence alors l’apprentissage avec un petit reflex numérique puis, une fois de nouveau à l’aise, il investit dans un bel appareil « expert pro », comme le dit la marque japonaise commençant par un C et pas par un N. 

Il soumet ses premiers travaux à une galerie marseillaise, qui décide de le soutenir avec une exposition. Il y voit le signe d’une nouvelle vie et décide de faire de la photographie sa passion à plein temps. Pour lui et pour les autres. Et depuis 2017, Christophe est photographe pro, il en vit et il est très content. 

Alors, maintenant qu’est-ce qui a mené Christophe à ce reportage sur le dernier pêcheur professionnel de Cassis ? Plusieurs pistes sont possibles, étudions-les un peu. Tout d’abord, ceux qui sont du coin savent que Battifero est un nom qui compte dans l’univers de la petite pêche, celui d’un charpentier naval qui construisait de belles barquettes en plein air sur le port de Cassis,  puis à La Bédoule. Ensuite, nous le savons, Christophe aime les ambiances de petit matin dans le port de Cassis, heures auxquelles partent les petits patrons pêcheurs. Enfin, Christophe voulait revivre un instant ce qu’a vécu sa famille, dont le nom est intimement lié à la mer et à la pêche. 

Au travers de cette rencontre avec Guillaume (le dernier pêcheur professionnel en activité à Cassis), c’est un très beau témoignage que nous donne à voir Christophe. Une vision moderne de ce que l’on nomme « les vieux métiers », souvent tombés dans l’indifférence ou l’exotisme, alors même qu’ils ont fait vivre de nombreuses familles qui venaient de loin pour trouver ici une vie meilleure. C’était il n’y a pas si longtemps que cela, une petite génération. Ainsi, nous avons, pour beaucoup d’entre nous, connu un grand-père qui avait un « petit métier » et qui avait un fort accent pas forcément d’ici. C’est certainement aussi cela que voulait célébrer Christophe : la fidélité à ses racines et leur reconnaissance.

Mais vous me faites trop parler. Allez ! Revenons au reportage de Christophe. Il s’est donc levé très tôt et a pris son bel appareil photo « expert pro » sous le bras, avant de prendre place sur la barquette de Guillaume pour une très grosse journée, car n’allez pas croire que le pêcheur jette tranquilos son filet, rentre boire son café et tape le carton avec les copains au bar du coin. C’est un métier de galérien ! Et sans assurance de rapporter quelque chose à vendre. Mais c’est la beauté de ce métier, de ses gestes et de ses gens qui ont su guider l’œil de Christophe.

Et l’année prochaine, Christophe emmène son émotion et sa sensibilité au Sénégal, pour témoigner du très beau travail de femmes médecins qui y développent des dispensaires. La photo, ça ouvre des horizons, je vous le dis ! 

_www.battiferochristophe.com

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