Richard Berry, plaidoiries en plein air

Célébrités  /   /  de Céline Bouchard

Richard Berry est à Marseille pour interpréter ces fameuses Plaidoiries de légende. C’est déjà un succès théâtral retentissant depuis l’hiver dernier à Paris. Le festival Des mots, des étoiles peut donc s’enorgueillir d’une troisième soirée de haut vol. Il faut absolument aller voir cet incroyable acteur sur la scène du Théâtre Silvain le 27 juin prochain, dans son insolite décor à ciel ouvert… 

ToutMa : Un théâtre en plein air peut sembler inapproprié pour jouer des plaidoiries graves de sens… Est-ce un pari risqué de sortir du cadre initial ? 

Richard Berry : Pour moi, ce n’est absolument pas un problème, bien au contraire ! Car, déjà, ce spectacle ne dépend pas d’une mise en scène. Et c’est arrivé aussi très souvent que des procès aient lieu dans des endroits atypiques, par exemple lorsqu’il y a beaucoup de parties civiles… On peut déplacer la justice ! La plaidoirie peut prendre une dimension encore plus grande, être plus solennelle lorsqu’elle change de décor. Je m’en suis rendu compte quand on est passé du Théâtre Antoine, petit et intimiste, au Comedia, beaucoup plus grand. Le spectacle a pris une tout autre intensité dramatique.

TM : Comment avez-vous été pressenti pour jouer ces plaidoiries ?  

RB : Il y a quelques années, Jean-Marc Dumontet m’a proposé une adaptation du livre Les Grandes Plaidoiries des ténors du barreau, de Matthieu Aron, une forme qui, au départ, n’a pas déclenché d’enthousiasme débordant. Il y avait surtout des dialogues et ça ne me séduisait pas. Mais l’idée d’interpréter ces plaidoiries est restée ancrée dans ma tête. Je la trouvais très bonne. J’ai proposé de les présenter tout seul, de revenir à l’essentiel sous la forme d’un avocat qui plaide devant des jurés ! On a alors choisi cinq grands plaidoyers concernant des sujets universels. Cela a déclenché un tel enthousiasme qu’aujourd’hui, je les joue un peu partout !

TM : Parmi les cinq plaidoiries que vous reprenez, laquelle vous touche le plus et pourquoi ?

RB : Elles sont toutes essentielles et universelles car elles reflètent notre société au sens large. Elles ont marqué l’histoire. J’aime celle, particulièrement brillantissime, de Michel Zaoui au procès de Maurice Papon, qui est une démonstration intellectuelle établissant un parallèle entre le crime de droit commun et le crime contre l’humanité et confirme Papon en total assassin. Cette plaidoirie a particulièrement touché le public et surtout les avocats qui sont venus en masse voir la pièce, vous vous en doutez (sourire)… J’aime aussi celle de Gisèle Halimi, sur l’avortement, qui résonne de façon très puissante à l’heure actuelle, car la liberté des femmes à disposer de leur corps est à nouveau remise en cause…

TM : Je crois savoir que le bâtonnier de Marseille va vous remettre une distinction honorifique spécialement créée pour vous ! Qu’en pensez-vous ? 

RB : Bah, j’estime que c’est normal, hein ! (rires) Non, j’déconne ! En vérité, ça me touche beaucoup car je me sens avocat quand je plaide ces causes-là… Même si je ne le fais qu’à travers la voix des avocats qui ont été choisis pour cette pièce. Mais en même temps, moi, en tant qu’acteur, j’ai plaidé la cause des avocats eux-mêmes ! En fin de compte je valorise leur immense talent et leur faculté de changer la face du monde et l’histoire avec un grand H… Je trouve cela extrêmement touchant qu’ils réalisent que la résonnance de leur travail peut changer les mentalités. Cette récompense a finalement pour moi bien plus de valeur qu’un Molière !

TM : Vous attendiez-vous à un tel succès, critique et public ?

RB : Non ! Franchement, non. Je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi énorme. Au départ j’étais parti pour faire une vingtaine de représentations au maximum. Je jouais quatre fois par semaine. Et là, ça s’est terminé, je jouais tous les jours. J’ai fait plus de cent représentations ! Je n’avais pas envisagé un tel succès populaire.  

TM : Vous avez tourné à Marseille par le passé, notamment sous la direction d’Henri Verneuil… Quel regard portez-vous sur la ville ?

RB : Je n’y ai pas tourné qu’avec Henri Verneuil. J’y ai même fait un film, en tant que réalisateur, qui s’appelle L’Immortel, sur la vie de Jacky Imbert, un homme que je connaissais bien, qui était un ami. J’ai passé de longs moments dans cette ville que j’adore… J’y ai même vécu une année entière ! J’y ai tourné aussi d’autres films et j’y ai beaucoup joué ! Je pourrais très facilement m’y installer, près de la mer de préférence, bien que j’aime de nombreux quartiers de Marseille…

 

Plaidoiries avec Richard Berry, mise en scène d’Éric Théobald
au Théâtre Silvain le 27 juin, Marseille, 7e

Dans le cadre du Festival Des mots, des étoiles, du 26 au 28 juin.
desmotsdesetoiles.fr

Avec les textes de Gisèle Halimi (qui dénonce une loi obsolète qui empêche les femmes de disposer librement de leur corps), Paul Lombard (qui s’attaque à la peine de mort en voulant éviter la peine capitale à Christian Ranucci), Michel Zaoui (au procès Papon), Henri Leclerc (dans le procès de Véronique Courjault, accusée d’infanticide), Jean-Pierre Mignard (dans la défense des familles des deux adolescents morts électrocutés à Clichy-sous-Bois).

Reprise de la pièce du 21 septembre au 2 décembre 2019 au Comedia – Théâtre Libre à Paris 10e 

Photos © Céline Nieszawer

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