Hokusai, Hiroshige, Utamaro… les grands maîtres du Japon

Photo / Art  /   /  de Elsa Galland

Jamais la Provence n’aura autant vécu à l’heure nippone… Après l’éblouissement aux Carrières de Lumières, grâce à l’œuvre immersive du collectif Danny Rose « Japon rêvé, Images du monde flottant », c’est à l’hôtel de Caumont que Culturespaces présente un ensemble d’œuvres remarquables, jamais encore dévoilées au public français. La plupart des pièces sont issues de la collection Georges Leskowicz, l’une des plus importantes au monde en matière d’estampes japonaises de l’ère Edo (peintes du milieu du XVIIIe siècle au milieu du XIXe siècle), qui compte 1 800 estampes dans l’esprit ukiyo-e (littéralement : « image du monde flottant ») dont 200 seront présentes sur les cimaises de l’hôtel de Caumont cet automne.

Jugées vulgaires à l’époque par l’aristocratie japonaise parce qu’elles mettent en valeur les plaisirs populaires, la nature, les geishas, les acteurs du théâtre kabuki, les héros populaires et les légendes traditionnelles ou encore des scènes licencieuses, les estampes ukiyo-e témoignent d’un renouveau artistique du pays, qui s’émancipe de l’influence étrangère, comme le soulignait Edmond de Goncourt dans sa monographie d’Hokusai : « Voici le peintre qui a victorieusement enlevé la peinture de son pays aux influences persanes et chinoises et qui, par une étude, pour ainsi dire religieuse de la nature, l’a rajeunie, l’a renouvelée, l’a faite vraiment toute japonaise ; voici le peintre universel qui, avec le dessin le plus vivant, a reproduit l’homme, la femme, l’oiseau, le poisson, l’arbre, la fleur, le brin d’herbe […] ; voici le peintre qui est le vrai créateur de l’ukiyo-e, le fondateur de l’école vulgaire, c’est-à-dire l’homme qui, ne se contentant pas, à l’imitation des peintres académiques de l’école de Tosa, de représenter dans une convention précieuse, les fastes de la cour, la vie officielle des hauts dignitaires, l’artificiel pompeux des existences aristocratiques, a fait entrer, en son œuvre, l’humanité entière de son pays. » L’ouvrage de Goncourt paraît en 1896 en plein « japonisme » européen : à la faveur d’une ouverture économique du Japon, l’Occident découvre une approche inédite du trait et de la perspective, notamment pour la représentation des paysages grâce aux travaux des maîtres japonais de l’estampe.

Le goût des artistes et collectionneurs européens pour l’art japonais croît tout au long du xixe siècle et ne se dément pas aux xxe et xxie siècles. Georges Leskowicz, franco-polonais, fait partie de ces amateurs. En cherchant à reconstituer la collection d’ouvrages rares de son père, « Aleksander Leskowicz », dispersée pendant la seconde guerre mondiale, il découvre l’art japonais et tombe amoureux de cette iconographie singulière.

Il enrichit au fil du temps sa collection d’estampes, notamment par l’acquisition de surimono, qui constituent le cœur de cette exposition. Ces estampes luxueuses qui associent compositions figuratives et poésie sont plus confidentielles. Elles étaient destinées à un usage privé : carte de vœux, fête familiale, célébration du Nouvel An… L’emploi pour leur réalisation de couleurs très riches et de matériaux luxueux, comme les pigments métalliques, modifia profondément l’art de l’estampe du Japon de l’ère Edo. Comme l’avait fait Harunobu dans la première moitié du xviiie siècle par le développement d’une technique permettant l’impression d’estampes multicolores à un coût moindre et dont on peut admirer certaines pièces au fil de l’exposition.

Afin d’enrichir l’expérience, pièces d’artisanat, manuscrits anciens et objets destinés à la xylogravure sont également dévoilés au visiteur en écho aux estampes signées des grands maîtres : Harunobu, Utamaro, Sharaku, Hokusai, Hiroshige, Koryùsai, Toyokuni, Kunisada. La présence à Aix de chefs-d’œuvre comme les Trente-Six vues du Mont Fuji (1832-1833) d’Hokusai, ou encore Les Soixante-neuf stations de la route Kisokaidò d’Hiroshige et Eisen font de cette exposition un moment d’exception.

Commissariat d’exposition : Anna Katarzyna Maleszko, conservatrice de la collection d’art japonais du musée national de Varsovie et spécialiste de l’art japonais des périodes Edo et Meiji.

Hôtel de Caumont, du 8 novembre 2019 au 22 mars 2020
3 rue Joseph Cabassol, Aix-en-Provence
_www.caumont-centredart.com

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