Julie Lagier, calme chaotique

Talents d’ici  /   /  de Julie Mandruzzato

Étirant les limites de l’imaginaire dans des portraits extensibles, Julie Lagier s’empare de la poésie pour l’écrire en images : « J’ai choisi de continuer à rêver plutôt que de faire face aux dures réalités qui nous entourent. Je les interprète, de cette manière, avec une touche de poésie, parfois violente, parfois ironique, dans un minimalisme bien présent, me contentant de peu pour parler beaucoup. »

Elle est autodidacte et commence la photographie sur le tard, lorsque son père lui offre son premier Fuji X10, en 2012. Elle s’empare du petit appareil avec « le feeling pour les réglages, la lumière comme maître et [son] passé comme source d’inspiration ». Pour le reste, Julie avoue « [se] laisser porter par [ses] besoins, sans [se] concentrer sur la technique, qui [l’]ennuie profondément ». 

Psychanalyse constructive qu’est la focale fixe sur un 35 mm ; elle affronte timidité et peur des gens en pratiquant la photographie de rue. Parallèlement, elle se donne à l’introspection dans la photographie d’appartement. La voilà qui « dadaïse » les corps chastes, qui « magritte » leur signification. Surréalisme au salon, l’heure du thé comme dans thérapie, son propre corps est une première exploration et ses rêves un terrain de création : « Je pense faire partie de ces artistes qui créent d’abord et comprennent une fois qu’ils assemblent leurs travaux, qu’ils ont entre les mains une série et un message. Mes autoportraits de la série Narsismik sont le fruit de mes songes nocturnes. Je rêve depuis gamine que je me démembre, et me recolle les morceaux dans le mauvais ordre. Dit comme cela, ça peut faire peur. Bien au contraire, travailler dessus m’a permis d’accepter ces rêves récurrents, que je ne fais plus depuis, d’ailleurs. Ils ont laissé la place à d’autres, eux aussi représentés dans une grande partie de mes images aujourd’hui. » Employée en 2014 dans la restauration, CDI et congés compris, elle claque la porte en 2016, après un accident de ski : « J’ai tout quitté, la peur au ventre, mais c’était de la photo que je voulais faire. » Aujourd’hui, elle expose à Paris… Puisqu’on vous dit que les tragédies n’existent que pour les Grecques !

Julie s’est mise à la réalisation en tournant le dernier clip de Siska : When U Leave it 

Expo jusqu’au 23 février 2020 à la Galerie R/G, 47 rue Chapon, Paris 3e
sur instagram @j.l.f.4.0

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