David Pluskwa ou le renouveau de l’art contemporain à Marseille

Vos portraits  /   /  de Jacques Lucchesi

Son nom évoque à lui seul cette «Mittel Europa » d’où sont sortis tant de génies, au XXème siècle. Cette sensibilité à l’art, on la pressent face à lui, dans ses yeux gris, son sourire, sa courtoisie. David Pluskwa n’en est pas moins un marchand d’art et un galeriste avisé. Une de ces personnalités qui participent à l’essor culturel de Marseille. A cheval entre deux mondes, entre deux siècles, aussi, comme le montrent ses deux galeries, rue Paradis et rue Grignan. C’est dans cette dernière, claire et spacieuse, à l’écart du trafic urbain, qu’il se consacre à la promotion de l’art contemporain. Les artistes qu’il aime et défend vivent à Marseille, Paris ou ailleurs. Mais, tout comme lui, ils ont en commun ce souci extrême du détail apporté à leurs créations. C’est ce que montre, en ce début d’année, la belle exposition collective autour du thème, grave et baroque, des Vanités. Cette vision esthétisante de la mort reflèterait-elle les angoisses personnelles de son organisateur ? Pour Toutma et ses lecteurs, nous avons cherché à mieux le connaître.

ToutMa : Comment s’est déterminé, pour vous, le choix de ce métier exigeant ?

David Pluskwa : C’est plus un hasard qu’un vrai choix. Il y a une vingtaine d’années de ça, alors que je cherchais encore ma voie, j’ai fait une rencontre avec un homme exceptionnel – Jacques Preziosi -, lui-même collectionneur d’art. Il est resté mon ami et aussi mon mentor. C’est lui qui m’a orienté vers cette profession. Auprès de lui j’ai fait, durant un an, mon apprentissage et j’ai vite compris que je tenais là le plus beau métier du monde. Cela fait maintenant vingt-trois ans que ça dure.

ToutMa : Comment s’est faite l’installation dans ce bel espace d’exposition ?

David Pluskwa : Comme vous le savez, j’ai, depuis douze ans maintenant, une petite galerie, rue Paradis. Elle est spécialisée dans la peinture du XIXème et du début du XXème siècle. Mais aujourd’hui, je me centre davantage sur l’art contemporain. J’avais donc besoin d’un autre lieu d’exposition. Quand j’ai découvert celui-ci, voici un an, je n’ai pas hésité. Ainsi, je peux gérer deux périodes bien définies de l’art.

ToutMa : Parlons, si vous le voulez bien, de cette nouvelle exposition. Le thème des Vanités, qui est revisité ici, est très ancien. Il nous rappelle sans détour la fragilité de la vie humaine, son caractère dérisoire et son impuissance face à la fuite du temps. Comment ce projet s’est-il, peu à peu, imposé à vous ? Et comment l’avez-vous négocié avec des plasticiens contemporains ?

David Pluskwa : C’est un sujet qui m’a toujours fasciné. Aussi, je me suis dit que si j’ouvrais une galerie d’art contemporain, l’un de mes premiers projets serait d’inviter des artistes à travailler sur ce thème. Les treize artistes  que j’ai contactés ont tous répondu positivement. Chacun d’eux a apporté un texte pour étayer l’œuvre présentée  et tout a très bien fonctionné. Depuis le vernissage de l’exposition, le 25 janvier, le public et les journalistes s’enthousiasment pour la diversité des approches. Certains artistes ont joué la carte de la dérision, d’autres celle de la gravité. Je suis la carrière de certains depuis plusieurs années ; d’autres, comme Tilt, Jeff Aérosol ou Charlélie Couture, sont de nouveaux entrants. Mais tous sont d’accord pour travailler durablement avec moi.

ToutMa : Auriez-vous, dans vos projets, celui d’ouvrir une autre galerie Pluskwa en France et, pourquoi pas, à Paris ?

David Pluskwa : Je ne vous cacherai pas que j’ai eu plusieurs propositions pour ouvrir une troisième galerie, soit à Paris, soit à Londres. Cela demande réflexion, vu la charge de travail et d’investissement financier que cette décision exigerait. D’autant que ma fille, qui a maintenant 5 ans, me retient forcément à Marseille. En revanche, il m’arrive de faire la promotion de ma galerie à l’étranger, comme à Bruxelles récemment. Parfois, je m’associe à une autre galerie pour produire une exposition temporaire. Quant à participer à des foires d’art internationales, j’y songe aussi. Mais je ne dois pas oublier que j’ai 9 expositions programmées dans ma galerie, en 2013.

ToutMa : Pour terminer, qu’est-ce que vous attendez, en tant qu’acteur culturel privé, de Marseille 2013 ?

David Pluskwa : D’abord beaucoup de rencontres, en particulier avec un public étranger qui va découvrir cette ville magnifique, pour laquelle j’ai un profond attachement. Elle m’a adopté quand j’avais 3 ans – puisque je suis né à Paris. A présent, j’essaie de m’en rendre digne en organisant, dans cette galerie, des expositions jamais montées ici. Donc, j’attends surtout une reconnaissance de la part de gens que je connais déjà. S’il y a, un jour, une reconnaissance nationale ou internationale, tant mieux. Mais mon principal objectif reste de répondre aux attentes locales.

Galerie David Pluskwa
Espace 53 rue Grignan, 13006 Marseille.
Tel : 06 72 50 57 31.

Galerie-pluskwa.com

 

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