Roberto Matta au musée Cantini

Photo / Art  /   /  de Jacques Lucchesi

Tant par la qualité que la modernité de son fonds pictural, le musée Cantini est une référence pour les amateurs d’art, qu’ils soient de Marseille ou d’ailleurs. Sa fermeture – pour travaux – pendant près d’un an fut vécue par beaucoup comme une privation, voire une pénitence, même dans la perspective de cette fameuse année 2013. Le voici enfin rouvert depuis le 15 février, plus clair et plus spacieux que jamais, avec une exposition d’envergure nationale pour accompagner dignement son inauguration.

Le Chilien Roberto Matta (1911-2002) fut en effet une grande figure de l’art du XXe siècle. Architecte de formation, peintre et parfois critique, il fit très tôt de l’exil – notamment en France et en Italie – un vecteur de créativité. Les débuts de sa carrière furent influencés par le Surréalisme, mouvement alors rayonnant. On peut ainsi le vérifier, dans la première salle au rez-de-chaussée, avec cette « Morphologie Psychologique », écriture picturale automatique avec un chiffon enduit de couleurs passé sur la toile. Ou avec « Le poète », pistolero rose, mi-homme, mi-animal, sur fond jaune, qui est un hommage à André Breton.

Progressivement, le style de Matta va devenir plus acéré, plus froid, plus techniciste, comme on le découvre dans les grands tableaux des salles suivantes. Là, des objets décontextualisés semblent en apesanteur dans l’espace de la toile, les contrastes chromatiques sont nombreux et l’on n’y trouve trace de la figure humaine. Tout change dans les années 60, comme on peut le voir au premier étage, avec des œuvres plus vives, plus narratives et à fortes visées politiques : citons, entre autres, « La question », « La mort de Che Guevara » ou « Babbo Napalm ».

Avec la reconnaissance internationale, viendront les grandes commandes d’état : « Munda y desnuda » pour l’Espagne en 1986, ou la vaste fresque sociale « El Gran Burundun » pour la Colombie, en 1974. Avec les dessins visibles au dernier étage du musée, ce sont, au total, quelques 90 œuvres qui sont présentées au public, dûment accompagnées de commentaires critiques et biographiques. Elles offrent ainsi une vision édifiante de cette personnalité artistique exceptionnelle, aux prises, sa vie durant, avec les colères du monde. Grâce en soit rendue à Christine Poullain, directrice des musées de Marseille et aux divers partenaires de cette exposition. Car nous l’attendions depuis longtemps.

Jusqu’au 19 mai. Du mardi au dimanche de 10h à 18h. – Nocturnes le jeudi jusqu’à 22h.
Musée Cantini _19 rue Cantini, Marseille 6e

 

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