Aubagne : Picasso céramiste

Photo / Art  /   /  de Jacques Lucchesi

En finira-t’on jamais avec Picasso ? L’artiste le plus célèbre, le plus cher et le plus prolifique du XXeme siècle (plus de 20 000 œuvres recensées) offre une telle variété d’approches et d’interprétations que l’on ne peut guère, désormais,  que l’aborder région par région, à l’instar d’un pays toujours mieux cartographié. A Aubagne, c’est sur son œuvre de céramiste qu’on a resserré la focale ; œuvre tardive, au demeurant, puisqu’il ne l’entreprît qu’à partir de 1946, déjà âgé de 65 ans, lors de ses vacances d’été sur la Côte d’Azur. Pour cette exposition (qui s’inscrit, elle aussi, dans le cadre de Marseille 2013),  quelques 150 œuvres ont été rassemblées dans la Chapelle des Pénitents Noirs – entièrement réaménagée pour la circonstance. Quoique les premières vitrines induisent l’idée d’un regard comparé, tant sur l’art antique de la poterie que sur d’autres expressions d’artistes (Palissy, Gauguin, Durrio), on s’aperçoit vite qu’elle est entièrement centrée sur le travail du maître catalan. Et, en ce domaine aussi, il témoigne d’une rare inventivité. Reprenant à son compte les vieilles imageries méditerranéennes (faune, centaure, joueur de flute), il trouve dans la terre cuite un support idéal pour revisiter l’antique à travers les portraits des femmes aimées (Catherine, Françoise, Jacqueline). Son inspiration embrasse aussi maintes figures animalières (poisson, chèvre, hibou), le ramenant vite à son thème de prédilection : la corrida. Plats, vasques, tomettes, bouteilles, amphores : tout est bon pour exprimer en quelques traits sa vision du moment. Mais Picasso fait plus que peindre et graver des formes préexistantes ; il les remodèle aussi  pour leur donner, tour à tour, une allure zoomorphe ou anthropomorphe. Ainsi, quelques plaques de terre cuite lui suffisent pour façonner une sculpture aussi déliée qu’épurée, comme l’est « Femme aux cheveux verts » (1948). Malheureusement, cette belle exposition est desservie par une scénographie minimale – pour ne pas dire inexistante – et une absence criante de document écrit pour présenter son projet aux visiteurs. Certes, il y a bien les audio-guides disponibles à l’entrée. Mais des écouteurs vissés aux oreilles et un commentaire enregistré n’offriront jamais la même liberté que la lecture d’un texte bien rédigé pour faire apprécier un univers de formes et de couleurs. On pourra toujours se reporter au catalogue en vente dans la boutique qui clôt ce parcours. Il n’empêche : Picasso méritait mieux. Nous aussi.

Renseignements pratiques : centre d’art des Pénitents Noirs. Du 27 avril au 13 octobre 2013. Ouvert tous les jours, de 9H30 à 19H30. Tarif d’entrée : 8 euros. Réservations au 04 42 03 49 98 ou sur le site www.tourisme-paysdaubagne.fr


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