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Des expositions coloniales… à la Foire de Marseille

Article créé le : 27/09/2011 écrit par Jacques Lucchesi

photos_ Robert Poulain C’est l’évènement de la rentrée marseillaise depuis maintenant 86 ans. Chaque année, entre fin septembre et début octobre, le centre de gravité de la ville se déplace au rond-point du Prado, dans ce parc des expositions dont la Foire de Marseille est assurément le fleuron. Là, des centaines de milliers de visiteurs vont déambuler d’un hall à un autre, se presser devant les stands saturés de produits divers, à la recherche de la pièce rare ou simplement de la bonne affaire. Fierté de Marseille, la Foire est plus que jamais une vitrine sur le monde, avec ses nombreux exposants étrangers, des couleurs, des senteurs et des rythmes importés de contrées lointaines. Et beaucoup de riverains ne viennent ici que pour s’imprégner de cet exotisme consumériste. Mais n’est-ce pas aussi par l’habillement, la décoration et la nourriture que l’on se rapproche des autres ? Cette capacité à conjuguer commerce et cosmopolitisme est millénaire ; c’est même la signature de Marseille. Son activité portuaire et maritime fut particulièrement dopée par l’expansion de l’empire colonial français, entre le 19eme et le 20eme siècle. De ce passé proche - qui éclaire notre présent - surgissent les souvenirs grandioses des deux expositions coloniales organisées ici en 1906 et 1922. Un lien, même impur, les relie à notre foire actuelle. L’exposition coloniale de 1906 Issues des expositions universelles et de leurs sections exotiques, les expositions coloniales apparaissent en France à la toute fin du 19eme siècle. Deuxième puissance coloniale du monde après l’Angleterre, la France est alors présente sur cinq continents, de l’Océanie aux Antilles, en passant par l’Asie et l’Afrique. Elle règne ainsi sur un empire de 11 millions de kms2 et de 50 millions d’âmes (hors métropole) à qui elle apporte son sens du progrès et de la civilisation en échange de leurs richesses propres. Avec ses colonies, la France ne fait pas que s’enrichir ; elle retrouve le prestige perdu face à la Prusse en 1870. Encore faut-il que son peuple en ait conscience. Là se situe le principe pédagogique des expositions coloniales : flatter, instruire et, aussi, recruter. Des villes comme Lyon (1894) et Rouen (1896) prennent le relais de Paris. Mais Marseille, que sa situation géographique devrait pourtant privilégier, tarde (pour des raisons diverses) à faire entendre sa voix. Deux hommes, vers 1902-1903, vont alors prendre les devants : Jules Charles-Roux (1841-1918) et Edouard Heckel (1843-1916). Le premier est président de la Société de Géographie ; le second est directeur de l’Institut de Médecine Tropicale. Par leur pugnacité, ils vont faire avaliser par la municipalité et quelques institutions locales le projet d’une exposition coloniale pour un budget global d’un million de francs. La somme peut paraître importante mais, insistent-ils avec raison, les retombées économiques seront bien supérieures. A partir de 1905, une fièvre bâtisseuse s’empare de la ville. Le vaste terrain militaire du rond-point du Prado va ainsi devenir l’emplacement principal pour des centaines de pavillons (financés par les exposants) qui ne survivront pas à l’évènement. Une place sera, bien sûr, faite à l’industrie et aux arts locaux. L’affichiste David Dellepiane est chargé d’emblématiser l’évènement. Entre avril et novembre 1906, 1,8 million de visiteurs découvrent avec émerveillement les hommes, les produits et les traditions de ces pays qui n’étaient jusqu’ici, pour eux, que des images ou des noms sur un planisphère. Forte de ce succès, la Ville achète le terrain dès l’année suivante et donne au parc qui en surgit le nom d’Amable Chanot, maire de Marseille et fervent défenseur de l’exposition coloniale. L’exposition coloniale de 1922 Programmée initialement en 1916, la seconde exposition coloniale de Marseille va finalement être organisée en 1922, toujours au même endroit, entre avril et novembre. Charles-Roux et Heckel étant décédés, c’est Adrien Artaud, député et président honoraire de la Chambre de Commerce, qui en sera le commissaire. Elle va bénéficier d’une superficie plus étendue (35 hectares au lieu de 20) et d’un budget nettement augmenté (6 millions de francs). Bien plus que la première, elle va attirer les hommes politiques français et étrangers, à commencer par le président Alexandre Millerand. On y retrouve à peu près les mêmes pavillons asiatiques, Arabes et Africains, la même part accordée aux productions locales - dont l’aéronautique naissante -, mais aussi des animations festives et des congrès scientifiques en hausse (70 pour cette seule année). Néanmoins, la Grande Guerre puis les premiers mouvements de décolonisation ont changé les données. Les mentalités vis-à-vis de nos colonies ont évolué. L’indigène est, à présent, regardé davantage comme un partenaire que comme un serviteur ; on s’intéresse à sa culture pour elle-même et on souhaite la préserver. A l’exception de l’Humanité, critique vis-à-vis de l’esprit colonialiste français, la presse couvrira avec enthousiasme toutes les étapes de cette manifestation qui enregistrera plus de 3 millions d’entrées. Une sorte de chant du cygne même si, après elle, deux autres expositions coloniales seront encore montées à Strasbourg (1924) et à Paris (1931). Et vint la Foire de Marseille C’est forte de ces antécédents que va germer l’idée, chez les décideurs Marseillais,  d’une grande foire annuelle, à l’instar de celle organisée, chaque printemps, à Paris depuis 1904 - et au Parc des Expositions depuis 1923. à l’automne 1925, sa première édition trouve naturellement place au Parc Chanot sous l’appellation de « quinzaine commerciale ». Quatre ans plus tard, elle devient « Foire Internationale de Marseille », avec son fameux logo créé par Jean Lair et redessiné par Max Ponty, ce paquebot rouge et noir avec l’image de Notre Dame de la Garde en arrière-fond. Année après année, elle va s’affirmer comme ce rendez-vous incontournable pour tous ceux qui s’intéressent aux tendances et aux modes du moment. Elle leur offrira parfois des surprises inoubliables : comme la capsule de la fusée Apollo 11 - celle du premier homme sur la Lune - lors de l’édition 1973. Ou, simplement, l’assurance de quelques heures étourdissantes, faisant de la dégustation une affaire de regard. Cette année encore, ils seront plus de 1400 à proposer, sur environ 100 000 m2 de surfaces d’exposition, leurs produits culinaires, vestimentaires, technologiques ou financiers. Comme toujours, on s’y pressera, on s’y amusera, on s’y restaurera et, peut-être, passant devant le Palais des Arts et sa façade d’albâtre, on songera aux fastes passés dont il reste l’un des derniers témoins muets. Puisse cet article y contribuer. NB : pour compléter cette lecture, on pourra consulter avec profit « Désirs d’ailleurs : les expositions coloniales à Marseille, 1906 et 1922 », paru aux éditions Alors Hors Du Temps.

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