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En couverture...
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Décalés & Loufoques |
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Jeannine Denis
Elle a chanté toute sa vie dans sa salle bain. Un beau jour, elle a quitté ses pantoufles et son peignoir pour descendre dans la rue et chanter l’espoir. Vous avez certainement déjà entendu ou vu Jeannine Denis, la Tina Turner du pavé, la Barbara Streisand de l’asphalte. Jeannine Denis est née il y a fort longtemps à Marseille à une époque où les chevaux arpentaient encore les avenues marseillaises, tirant leurs carrioles chargées de foin et de victuailles. Elle est née d’une époque où les rois régnaient encore sur les destinées de leurs sujets. Elle a été d’ailleurs une très bonne amie de Hugh de Montaillon, ménestrel d’Henri IV avec qui elle avait pour habitude de ripailler dans la bonne humeur avant que tout ne se termine en rires, cervoise et chansons de gestes. Mais sautons quelques étapes de sa très longue existence sinon, il me faudra un numéro spécial du ToutMa pour conter son histoire. Vous ne lirez donc rien sur son idylle avec le Général De Gaulle, ni de ses parties de belote avec Montesquieu. Jeannine Denis a passé sa vie entière à chanter. Ses débuts ont été laborieux, sa voix n’étant pas aussi cristalline, ni aussi puissante que maintenant. Elle a pris des cours de chant pour arriver à un niveau de perfection qui ferait passer Céline Dion pour une chanteuse aphone. Jeannine était couturière avant sa retraite. Elle a cousu des poches arrières sur des jeans Levi’s et c’est peut-être pour cette raison que sa chanson préférée reste “Sans chemise, sans pantalon“ de la regrettée Rika Zaraï. Elle est descendue dans la rue après sa retraite. Cette décision a été applaudie par ses voisins et saluée par l’ensemble des habitants de son quartier. Mais revenons un instant à son répertoire : que des grands ! Que du lourd ! De la qualité 100% pur porc : Annie Cordy, Sheila, Carlos, Nana Mouskouri, Michèle Torr et j’en passe ! Toutefois, sa culture musicale s’arrête là où l’âge d’or du CD a démarré. Jeannine est la fille du transistor, la cousine du gramophone, la petite sœur du 78 tours, la tata des Yéyés, la nièce par alliance de la TSF etc. Marc Toesca et son Top 50 a été le Terminator de toute une génération de chanteurs et de chanteuses. Jeannine Denis les ressuscite sur le pavé. Elle les sort de terre pour les exposer à la lumière du soleil de Marseille. Levez-vous les Daniel Guichard, Nicolas Peyrac et autre C Jérôme ! Jeannine Denis est là pour vous honorer ! Pour l’écouter hurler chanter, pas besoin d’acheter une place pour le Dôme et son acoustique discutable. Inutile d’acheter un billet pour le Palais des Sports et ses relents de transpiration ! Il vous suffit de vous rendre place Castellane les jours de marché ou bien rue Saint Ferréol ou encore à l’Estaque pour admirer l’organe de cette impressionnante cantatrice du macadam. Pourquoi n’a-t-elle jamais tenté sa chance sur une vraie scène, vous demandez-vous ? Parce qu’elle est trop perfectionniste. Elle n’a jamais réussi à retrouver la sonorité de son ampli Peavey qu’elle trimballe de place en place sur un caddie aménagé. On lui a proposé maintes fois de chanter au Stade Vélodrome mais elle trouvait que ça raisonnait trop ; surtout aux sanitaires. Elle ne fera jamais la première partie des Stones ou de U2 bien qu’elle en aurait le talent. Cette femme modeste a peur de leur faire de l’ombre et de précipiter leur fin de carrière. Alors, elle s’en va, cahin, caha, sur les chemins de Marseille, telle une note sur une portée de musique. Jeff Carias | | |
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