Marseille, une biographie

Livre  /   /  de Camille Jalaguier

Oh ! Marseille, qui es-tu ? L’auteur, François Thomazeau, est un amoureux de Marseille. Ce pionnier de la vogue du polar marseillais se consacre également à l’édition et au journalisme (il a fait paraître en 2011 « Le guide du promeneur de Marseille »). Dans Marseille, une biographie, on reconnait bien un style journalistique d’enquêteur dans le portrait qu’il dresse : une fresque historique entre fiction et réalité.

Lors d’une promenade improvisée dans le vieux Saint-Marcel avec son amie Martha, une étrange silhouette apparaît au narrateur. Quel est ce fantôme qui plane sur la ville de Marseille ? Une ombre du passé, un esprit maléfique ? Il se met alors en quête de l’âme de Marseille. « Penser que Marseille a une âme ne veut pas dire que cette âme est belle. Elle peut être sombre et pervertie ; j’aime croire que Marseille est un vieux malfrat planqué à Saint-Marcel, une mère maquerelle rangée des voitures et qui joue les duchesses dans une propriété discrète et cossue des quartiers sud… » (p. 149).

Les clichés sont bien présents : le pastis à l’heure de l’apéritif, les dealers de drogues, le centre d’entrainement de l’Olympique de Marseille, contigu au terrain de religieuses du Sacré-Cœur. Perchés sur les murs d’un vieil oppidum, les protagonistes découvrent alors la ville qui s’étend. Nous retournons avec eux sur des lieux : une pagode vietnamienne, une chapelle mystérieuse… On remonte aussi dans le temps : celui des Romains qui ont massacré les Gaulois des collines. Jules César aurait pu raser Marseille et la capitale serait Aix-en-Provence. Plus proches de nous, la Seconde Guerre mondiale, Euroméditerranée et même Marseille 2013 sont évoqués !

Archéologues, nous fouillons dans le passé de grands noms provençaux : la famille Forbin, Marie Deluil-Martiny ou plus près de nous, Éric Cantona. Les couches d’histoires se superposent, comme ces vagues successives d’immigration qui font de Marseille une cité cosmopolite, où les derniers arrivants accueillent mal les nouveaux venus. « Ça choquait mon père, ça, de voir le nombre d’Italiens racistes qui voulait foutre les Arabes à la mer. Après ce qu’ils avaient subi eux-mêmes ! »  (p. 199). Mais cette traque de l’âme de Marseille est dangereuse, la recherche de la vérité historique met notre héros en danger. Oser appeler son ouvrage une « biographie » comme si Marseille était un personnage, unique et historique, c’est le pari audacieux de François Thomazeau. La ville dévoile une partie de son histoire intime et méconnue et se transforme en personnage principal.

_ Éditions Stock, 377 pages, 19,75 €

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