Madrid, joyau de l’Espagne éternelle

Plus Loin  /   /  de Jacques Lucchesi

Depuis quelques temps vous vivez à l’heure espagnole. Pourquoi ne pas vous offrir une escapade à Madrid ? Buen viaje.

Au centre géographique de l’Espagne, sur le plateau de la Meseta, à presque 700 mètres d’altitude, s’étend l’aristocratique Madrid. Forte d’une superficie de 605,8 km2 et d’une population de 3,250 millions d’habitants, la capitale de l’Espagne – qui est aussi celle de la Communauté Autonome de Madrid – concentre en elle les principales institutions du pays : palais royal de la Zarzuela, Cortès, siège du gouvernement… Elle est riche, aussi, de onze siècles tumultueux d’histoire, où des dynasties (les Habsbourg puis les Bourbons) se sont faites et défaites dans le sang ; où aux vieilles guerres d’indépendance (contre Louis XIV et Napoléon) a succédé une terrible guerre civile entre 1936 et 1939. Autant de tragédies qui ont façonné sa topographie, avec ses nombreux monuments commémoratifs qui interpellent le visiteur au cours de ses déambulations. Creuset de multiples influences, la ville moderne n’en possède pas moins un charme fou, avec ses larges avenues dallées, ses hautes façades stylisées, ses jardins, ses musées, ses théâtres et ses innombrables commerces. Son climat tempéré en fait une destination idéale pour un week-end ou davantage. Quelle que soit sa sensibilité, chacun est assuré ici de trouver de quoi satisfaire toutes ses envies. Voici quelques modestes suggestions de parcours.

La Gran Via

C’est, depuis plus d’un siècle, l’artère la plus commerçante de la ville ; l’une des plus belles aussi, avec ses immeubles marqués par l’Art Nouveau. De la Calle de Alcala jusqu’à la Plaza de Espana, cette interminable « Grande Voie », tour à tour montante et descendante, regorge de commerces, de bureaux, de théâtres et de cinémas à tel point qu’on l’a surnommée « le Broadway espagnol ». Et c’est la même effervescence consumériste dans des rues adjacentes, comme la piétonnière Calle Fuencarral. Si la crise économique est passée par là et que le pouvoir d’achat des Madrilènes a diminué, les boutiques de mode et les instituts de beauté n’en continuent pas moins à déployer leurs sortilèges, quitte à rabaisser un peu leurs prix. Du reste, et contrairement à d’autres grandes villes européennes, la vie n’est pas très chère à Madrid, surtout pour les produits alimentaires de base.

La Puerta del Sol et la Plaza Mayor

Par la Carrera de San Geronimo, on rejoint rapidement la fameuse Puerta del Sol, lieu de rassemblement du mouvement des Indignés voici quelques années. Véritable cœur de la ville, elle a été créée en 1547 par le roi Philippe II. Parmi les différents édifices qu’elle recèle, la statue représentant, à son entrée, un ours dressé contre un arbousier est sans doute la plus typique, d’autant qu’elle constitue l’emblème de Madrid. À signaler aussi les nombreux stands de loterie qui rappellent l’importance des jeux de hasard dans la vie des Espagnols. À quelques enjambées de là, voici la belle Plaza Mayor, peut-être la plus italienne de toutes, avec ses façades colorées et ses arcades qui abritent de nombreux commerces de souvenirs. Inaugurée en 1616, elle fut le théâtre de la première corrida, autre passion madrilène. Le cochon est au moins autant apprécié que le taureau, comme le montrent ici bien des commerces alimentaires. Mais on peut visiter, un peu plus loin, le vieux marché San Miguel seulement pour la beauté surannée de son architecture. Si vous n’êtes toujours pas fatigué, poussez donc la promenade jusqu’à la Catedral de la Almadena et le non moins magnifique Palacio Real (qui est aussi un lieu d’expositions). Faites ensuite une halte dans l’élégant Jardin Sabatini, avec ses arbres et ses haies impeccablement alignés. Avant d’aller rendre un bref hommage au monument à Cervantès, l’immortel auteur de « Don Quichotte ». Il ne vous restera plus, ensuite, qu’à aller vous restaurer dans l’un des nombreux bars à tapas de ce quartier d’affaires.

Le parc du Buen Retiro

Construit au début du XVIIe siècle pour le roi Philippe IV, le parc du Buen Retiro est sans doute le plus bel espace vert de Madrid (qui n’en manque pas). Situé sur un plateau, juste au-dessus du site du Prado et de l’église San Geronimo, il s’étend sur 118 hectares et abrite, outre quelques magnifiques parterres floraux, un grand nombre d’espèces végétales (notamment des pins, des cyprès et des peupliers). C’est le lieu idéal pour faire un jogging ou simplement se promener, seul ou à deux, à l’écart du trafic urbain. Tout au long de ses allées sablonneuses, on rencontre des statues et des buvettes accueillantes. Le parc recèle aussi différentes salles d’expositions, dont le musée de l’armée. Mais le nec plus ultra est sans doute son vaste bassin, prisé par tous les amateurs de canotage. Juste derrière se déploient les colonnades à l’antique qui protègent, comme un écrin, le monument à Alphonse XII. On songe parfois à un mariage entre le parc Borély et le jardin Longchamp. En plus grand.

Le musée du Prado et le musée Reina Sofia

Dans le quartier – hyper-central – des Cibelès sont concentrés la plupart des grands musées de Madrid. Mais le plus renommé est sans aucun doute le musée du Prado. Inauguré en 1819, il abrite, tout au long de ses 102 salles et de ses trois étages, les trésors de la peinture espagnole sur une période allant du XIIe au XVIIIe siècle. Citons, entre autres peintres, Vélasquez et ses fameuses « Ménines », l’étonnant El Greco, Ribéra, Murillo, Zurbaran et Goya, bien sûr, dont trois salles présentent ses différentes périodes. Mais les écoles italienne (Fra Angelico, Botticelli, le Titien), française (Poussin, le Lorrain, Watteau) et anglaise (Gainsborough, Lawrence, Alma-Tadema) ont également une place de choix ici. Quant à la peinture flamande, dans les salles en rez-de-chaussée, elle n’est pas moins à l’honneur dans cette perspective historique. C’est là qu’on peut admirer, entre autres chefs-d’œuvre, le célébrissime « Jardin des délices » de Jérôme Bosch. Comptez une journée entière pour voir l’essentiel des collections. Non loin de là, le musée Reina Sofia est consacré, lui, à l’art moderne et contemporain. Cet ancien hôpital reconverti en centre d’art offre, sur quatre étages, un instructif panorama des différents courants qui ont façonné notre modernité. Une place privilégiée est évidemment réservée à la peinture espagnole du XXe siècle (Joan Mirò, Salvador Dali, Juan Gris, Oscar Dominguez). Mais c’est Picasso, bien sûr, qui se taille la part du lion avec, notamment, « Guernica », son chef-d’œuvre qu’il réalisa en 1937, pour le pavillon espagnol de l’exposition universelle de Paris. Faut-il dire qu’il fait l’objet de toutes les attentions ? Essayez, en partant, de porter vos pas jusqu’à la gare Atocha voisine qui est considérée comme la plus belle d’Espagne, avec son immense voûte en verre. Un monument rappelle ici qu’elle fut, hélas, la cible d’un terrible attentat, le 11 mars 2004. L’histoire et son cortège de malheurs n’ont jamais fait de longues pauses dans le monde. Mais c’est la mémoire de tous ces drames successifs qui rend la vie si intense à Madrid.

Où manger de bonnes tapas ?

La Vinoteca Barbechera
Plaza Santa Ana, Calle Principe 27, Métro Puerta del Sol. _www.vinoteca-barbechera.com
Assis autour d’un tonneau, on attend ses tapas en s’amusant à reconnaître les billets du monde entier répartis sous la plaque de verre qui sert de table. Cette déco sympa vient en plus d’une sélection de tapas raffinées et goûteuses et d’une cave très bien fournie.

Plaza Olavide
Métro Quevedo.
À l’heure du déjeuner, les terrasses se remplissent des habitants du quartier qui viennent partager un repas, sur cette jolie petite place piétonne. L’ambiance y est très populaire, la nourriture simple et pas chère, le bon moment assuré !

Marché alimentaire Anton Martin
Calle Santa Isabel 5, Métro Anton Martin. _www.mercadoantonmartin.com.
Sur les étals colorés et appétissants, on trouve de la charcuterie aussi bien que des madeleines. Ambiance joviale et très authentique. On peut aussi déguster la cuisine du marché dans les restaurants intégrés au lieu.

Où sortir ?

Cine Doré
Calle Santa Isabel 3, Métro Anton Martin.
Salle mythique qui abrite la cinémathèque espagnole. On peut y visionner des rétrospectives de réalisateurs d’anthologie et du cinéma d’auteur, et le tout en version originale.

Amor de Dios
Calle Santa Isabel 5, Métro Anton Martin _www.amordedios.com
L’école de Flamenco propose des cours d’initiation, mais aussi des spectacles et démonstrations des artistes résidents.

Les petits + de la fin d’année
Loteria de Navidad
, en décembre, la Puerta del Sol se remplit de vendeurs de billets pour le grand loto de Noël, auquel tous les Espagnols participent. Les billets s’achètent par 10 ou 20 tout au long du mois. San Silvestre Vallecana, pour clôturer l’année en beauté, le 31 décembre est, chaque année, la date du marathon de Madrid. On encourage dans le froid les coureurs avant d’aller se réchauffer en dégustant le repas de la Saint-Sylvestre et se souhaiter « Feliz Año Nuevo » !

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