MuCEM Made in Algeria : généalogie d’un territoire

Photo / Art  /   /  de Jacques Lucchesi

Comment s’est construit la douloureuse identité d’une nation comme l’Algérie ? Cette exposition, entre art et science, y apporte des réponses.

Entre l’Algérie et la France, il y a une histoire commune, longue et complexe, dont le passif n’a pas été complètement soldé. Il est, dès lors, compréhensible et nécessaire qu’un musée dévolu aux cultures méditerranéennes, comme le MuCEM, y revienne périodiquement.

La succession des évènements qui ont déterminé ce lien est relativement bien connue à présent, surtout à partir de 1830. Et si « Made in Algeria » les revisite forcément, ce n’est pas non plus son propos principal. Son sujet et son angle d’approche, c’est de montrer comment la conquête et la colonisation de ce grand pays – le plus grand d’Afrique du nord – fut indissociable d’une cartographie de plus en plus précise de ce territoire. Et quelle production, d’abord artistique puis propagandiste et publicitaire, elle a générée pendant cent trente ans.

Dans la première section, « Vu de loin », nous découvrons les premières cartes du pays, à partir du XVème siècle, mélange de symboles et de représentations approximatives mais qui montrait déjà l’intérêt des européens pour cette terre alors sous domination ottomane, car le commerce entre ces deux civilisations y était florissant.

Dans la deuxième étape, « Tracer le territoire », il est davantage question des visions picturales qui ont accompagné la conquête française. Elle est l’occasion de revoir des œuvres de Théodore Gudin, Horace Vernet, Jean-Antoine Siméon Fort, Pierre-Justin Ouvrié ou Adrien Dauzats – mais on y chercherait en vain les flamboiements de l’Orientalisme. Parallèlement, le travail des scientifiques et des géographes devient de plus en plus rigoureux, apportant des informations exploitables par les soldats et les colons, déterminant trois grandes régions (l’Algérois, l’Oranais et le Constantinois) qui allaient devenir des départements français à part entière.

Dans « Capter l’Algérie », cette maîtrise cartographique se poursuit et s’accentue, s’étendant jusqu’au Sahara. Les affiches et les films d’époque supplantent les tableaux pour vanter au public de la métropole les beautés et les richesses de l’Algérie. L’exil se fait alors de la France vers sa colonie et le commerce est souverain. L’Algérie, par le tourisme, entre dans l’imaginaire national.

Quatrième et dernière étape, « Au plus près », s’attache à montrer la diversité des types humains de ce pays, mais aussi les soubresauts engendrés par la guerre d’indépendance et l’internationale anti-colonialiste qui suivit, principalement soutenue par l’URSS et Cuba. Car le socialisme était alors l’idéologie dominante en Algérie : on sait ce qu’il en est advenu depuis.

L’exposition se clôt sur la série de neuf tableaux cartographiques de l’artiste algérien Hellal Zoubir. Un voyage nécessaire pour comprendre comment s’élabore, entre heuristique et mythologies, l’identité d’une nation.

MADE IN ALGERIA
Du 20 janvier au 2 mai 2016

Tous les jours sauf le mardi. En marge de l’exposition, de nombreux spectacles, projections et conférences sont programmés.

MuCEM
Esplanade du J4, Marseille 2ème
mucem.org _04 84 35 13 13

Photo en une _Théodore Gudin, Attaque dAlger par terre et mer, 29 juin 1830, 1831

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