Edouard Frojo, les joies de la transmission

Entrepreneurs  /   /  de Céline Bouchard

Avec son flair aventureux et sa décontraction affichée, Edouard Frojo – aux commandes de l’entreprise familiale depuis quelques années déjà – a donné une impulsion forte à sa maison. Aujourd’hui, avec quatre boutiques en nom propre, l’enseigne est devenue une référence dans le microcosme de l’horlogerie-joaillerie. Sous l’apparente juvénilité de ce quadragénaire au charme évident, il y a un dynamisme puissant, une volonté créative (Charlet) et associative (Rolex, Mauboussin, APM Monaco) hors du commun.

ToutMa : Comment définirais-tu ton enfance ? As-tu une belle anecdote à nous confier ? Quel est ton parcours d’étudiant ?

Edouard Frojo : Petit, je n’étais pas très scolaire. Ma mère aimait bien utiliser le mot cancre pour définir mon niveau (rires) ! Toutefois, je n’étais pas mauvais en dessin et en musique. Plus tard j’ai pris conscience de mes aptitudes et j’ai demandé à mes parents de m’enlever de l’école privée où j’étais inscrit pour préparer mon bac en candidat libre. À la surprise de ma famille, je l’ai eu et j’ai ensuite intégré une école de commerce puis poursuivi des études de diamantaire aux USA. Divers stages en Suisse, à Hong Kong m’ont ensuite ouvert la porte de la profession.

TM : Quand as-tu senti que tu avais la fibre du joailler ?

EF : J’ai toujours été attiré par ce métier tout en cherchant la reconnaissance de mon père et mon grand-père. Je ne me suis jamais posé la question de savoir si je devais faire autre chose, je sentais au fond de moi que c’était écrit dans un livre que mes arrière-grands-parents avaient commencé et que je devais continuer à écrire pour perpétuer l’histoire familiale. Aujourd’hui je me dis que j’ai de la chance d’avoir un métier qui me permet de m’épanouir même si la conjoncture est instable.

“La finance est aujourd’hui le moteur de la créativité alors que je reste persuadé que ce devrait être l’inverse…” 

TM : Fais-tu en sorte que La Maison Frojo reste une affaire de famille ?

EF : J’essaye de transmettre doucement cette passion à mes deux filles. Elles sont encore jeunes mais je les sens curieuses comme je l’étais à leur âge. Bien plus organisées comme le sont souvent les femmes, j’ai beaucoup d’espoir qu’elles puissent à leur tour écrire encore une nouvelle et belle histoire. J’ai aussi la grande chance d’être bien entouré dans l’entreprise, avec de fortes personnalités qui me challengent en permanence. C’est une force et grâce à eux, nous arrivons à nous remettre en question, à améliorer nos actions et souder nos partenariats commerciaux. Nous vivons l’entreprise comme une famille ! Chaque salarié a une place unique et vit l’entreprise comme si c’était la sienne. À cela se mélange la famille… mon épouse Valérie participe beaucoup aux collections et mon père Richard reste le garant de l’histoire qui s’est écrite au fil du temps.

TM : Que signifie réellement l’aventure créative Charlet ?

EF : Le temps passe vite et en 20 ans, j’ai vu notre métier se transformer sans cesse, les groupes devenir de plus en plus puissants, les marques plus fortes et la distribution s’organiser et se professionnaliser pour répondre au marché. J’ai toujours eu le sentiment que l’avenir du luxe résidait dans le savoir-faire et dans la créativité. Certains groupes ont vendu leur âme en standardisant leurs produits pour répondre trop rapidement à la demande sans réfléchir à la pérennité du marché. La finance est aujourd’hui le moteur de la créativité alors que je reste persuadé que ce devrait être l’inverse. J’ai ainsi décidé de revenir aux fondamentaux en créant la marque Charlet du nom de la bijouterie fondée en 1854 dans laquelle mon arrière-arrière-grand-père Eugenio Frojo était embauché comme horloger. C’est son fils Edouard qui a racheté l’affaire pour l’appeler Frojo en 1900.

“J’ai l’envie de laisser à mes filles la liberté de créer et de raconter cette histoire comme nous racontons aussi celle des grandes maisons.”

TM :  Comment vois-tu le futur de La Maison Frojo ?

EF : J’ai l’envie de laisser à mes filles la liberté de créer et de raconter cette histoire comme nous racontons aussi celle des grandes maisons. Avec l’évolution technologique, elles auront, grâce aux nouveaux outils digitaux, les moyens de se faire connaître et perpétuer de vraies valeurs, une vraie pratique de ce métier et un sens du bijou. Si j’avais un rêve ce serait que mes enfants aient la chance de vivre autant d’évolutions que celles que j’ai connues moi-même et que cela leur permette, à elles aussi, de pérenniser cette belle histoire.

 

Un bijou fétiche : Mon bijou fétiche n’existe pas. Tous les bijoux sont la matière première de mes inspirations et j’ai surtout beaucoup de plaisir dans la création de bijoux que je partage avec mes clients.

Une montre favorite : Je n’ai pas de montre favorite, mes envies et mes goûts évoluent en permanence. J’aime beaucoup de montres pour différentes raisons souvent liées à la technique.

Une pierre très précieuse : Ma pierre préférée, par contre, est le diamant ! Il représente beaucoup pour moi, mes études, et la transmission d’un savoir mystique de père en fils.

 

Bijouteries Frojo
– 17 rue Grignan, Marseille 6ème _04 91 54 88 78
– 66 bd Rodocanachi, Marseille 8ème _04 91 77 03 45
– place de la Garonne, Saint-Tropez _04 94 97 06 78
– Le Valstore, Val d’Isère _04 79 00 50 29

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