Redécouvrir Alfred Sisley, jusqu’au 15 octobre

Photo / Art  /   /  de Jacques Lucchesi

Le plus anglais des impressionnistes est à l’honneur durant tout l’été à l’Hôtel de Caumont. Une rétrospective qui promet de faire date.

C’était un temps où les fils de bonne famille partaient à l’étranger compléter leur formation. Dans le pire des cas, ils revenaient ruinés et syphilitiques ; dans le meilleur, ils se découvraient une vocation artistique et tournaient le dos au commerce familial. C’est cette seconde voie que prit heureusement Alfred Sisley (1839-1899) quand, à vingt ans, il rentra de Londres où son père – un négociant anglais en textiles – l’avait envoyé. Sans sa découverte des galeries et des musées londoniens, la peinture française n’aurait pas eu en lui l’un des principaux piliers – avec Monet, Renoir et Pissarro – de l’Impressionnisme. Alors que ses collègues et amis délaissèrent la peinture sur le motif pour de toutes autres approches (ils devaient y revenir sur le tard), Sisley s’en tint, sa vie entière, à la représentation des paysages de la région parisienne, fidèle à la leçon de ses deux maîtres, Camille Corot et John Constable. Ce ne fut pas toujours facile, surtout avec une famille à charge. Il déménagea souvent et le succès ne lui vint que lentement. Néanmoins, il put compter sur le soutien d’un marchand d’art comme Durand-Ruel (avec qui il finira, malgré tout, par se brouiller). Au-delà des frontières françaises – en particulier aux Etats-Unis -, les galeries et les collectionneurs plébisciteront les toiles du plus anglais des peintres français. A sa mort, à 59 ans, sa réputation était faite, mais pas encore sa fortune. Le marché de l’art allait se charger assez vite de transformer son œuvre en pactole pour ses héritiers et ses acheteurs. A l’heure actuelle, certains de ses tableaux dépassent le million d’euros dans les maisons d’enchères.

Aussi enracinée dans une époque et un terroir que soit son œuvre, elle n’en a pas moins acquis, par sa beauté intrinsèque, une dimension universelle. C’est dire que son charme opère toujours et qu’elle a quelque chose à apporter aux hommes d’aujourd’hui, si pressés, si inquiets… A ma connaissance, jamais une rétrospective Sisley n’avait encore été programmée dans notre région – ce qui lui confère certainement un caractère évènementiel. Organisée par Culturespaces, en partenariat avec le Bruce Museum de Greenwich (Connecticut), cette exposition bénéficie de nombreux sponsors – dont le Crédit Agricole. Elle est placée sous le commissariat de Mary-Anne Stevens (historienne d’art et spécialiste de Sisley) et, même si elle ne rassemble que 59 tableaux, ce sont certainement les meilleurs du peintre de Moret-sur-Loing. 26 d’entre eux sont issus de collections privées et sont peu connus du grand public. Son parcours est jalonné par neuf étapes qui correspondent chacune à un lieu où Sisley a résidé et peint : Fontainebleau, Argenteuil, Villeneuve-la-Garenne, Louveciennes, Bougival, Marly-le-Roy, Saint-Mammès ou Moret-sur-Loing (à quoi s’ajoute un documentaire). Autant de sites que Sisley a sublimés avec sa touche délicate, fixant à travers eux les différentes tonalités des heures, des jours et des saisons (avec une préférence pour l’automne et l’hiver). Il a exalté les rivières et les fleuves qui traversent les paysages de la région parisienne, et ce jusque dans leur débordement (Inondation à Port-Marly). Qu’on observe un tableau comme A Saint Mammès, confluence du Loing et du canal de Loing (1892), avec ses ombres bleutées, son pêcheur sur sa berge bordée d’arbres et l’on comprendra pourquoi les œuvres de Sisley sont si prisées à l’étranger. C’est une certaine idée de la France, douce et rustique à la fois, qui se dégage de ses tableaux. A défaut de pouvoir y entrer et arpenter les chemins qu’il a pris, on pourra toujours aller voir cette superbe exposition durant l’été qui vient. Et se créer pour soi tout seul un havre de fraîcheur et de sérénité.

Hôtel de Caumont
3 rue Joseph Cabassol, Aix-en-Provence
_04 42 20 70 01 _www.caumont-centredart.com

Vous aimerez aussi

« Homme libre toujours tu chériras la mer »… Plus de cent cinquante ans après les mots de...

Depuis janvier 2017, les Marseillais assistent, enchantés, au renouveau culturel de l’avenue la...

L’un des plus beaux hôtels particuliers d’Aix-en-Provence, classé monument historique, achève sa...